Antoine Veteau – « Des voyages, des femmes, de l’adrénaline »

Classé dans : La rédac' | 0

Antoine Veteau - portrait

« The physical power of story and what story does to our brain is the real news »

J’ai mis du temps à le comprendre. On a mis du temps à me l’expliquer aussi.

Je ne sais plus exactement quand est-ce que j’ai dit à mes parents que je voulais devenir journaliste. J’avais mon premier appareil photo dans les mains, mes Spirou et mes Corto Maltese sous les yeux. Des voyages, des femmes, de l’adrénaline… Qui n’en a pas rêvé ?

corto maltese femmes

Le problème c’est que mes parents ne m’en ont pas dissuadé. « Tu feras un BAC S, Sciences Po et une école de journalisme, la voie royale ». Dont acte. Sauf que Sciences Po m’a entraîné en Espagne. Deux belles années à Grenade : un voyage, des femmes, de l’adrénaline.

Le retour en France est difficile. Il faut trouver une voie, un travail alors que je suis marqué au fer rouge par l’insouciance romantique et alcoolisée de « mon » Andalousie.

real people

Nous sommes en 2007, la campagne présidentielle qui clôture l’ascension politique de Nicolas Sarkozy est absolument passionnante parce qu’elle a mis en scène des personnages.

Je plonge dans le bain et suit la campagne d’un député centriste. J’assiste depuis le premier rang au bal tragique des ambitions des barons de feu l’UDF. De l’adrénaline mais surtout et j’insiste encore : des personnages. C’est un véritable roman avec sa part de larmes, de cris, de joie, de séparations. Je sais alors que c’est ce que je veux voir et c’est ce que je veux apprendre à raconter en restant le plus fidèle possible à mon empathie maladive parce que je sais que malgré les inexactitudes que cela entraîne, elle relate un état de fait à un temps « t ». Elle permet surtout un partage d’expérience total, sensible, voire existentiel avec les personnes qui vous lisent ou vous écoutent.

Hervé Morin lors d'un meeting de François Bayrou - Bercy avril 2007
Hervé Morin lors d’un meeting de François Bayrou – Bercy avril 2007 – PHOTO : Antoine Veteau

Je tente alors de franchir la troisième étape de la « voie royale » : les écoles de journalisme.

Rapidité, employabilité, exhautivité, objectivité… Je ne m’y retrouve pas. Lors d’un oral, un des examinateurs met le doigt là où ça fait mal.

« Vous avez 25 ans, vous sortirez de l’école à 27, est-ce que vous ne feriez pas mieux de vous lancer ? »

Mission  : trouver de l’argent,  financer une formation courte au webdocumentaire à l’EMI-CFD.

A l’époque ce nouveau format émergent me faisait rêver notamment grâce à des oeuvres comme Welcome To Pine Point. Un véritable OVNI.

De là est sorti Frigo à nu en collaboration avec Gaël David. Projet exaltant qui dresse différents portraits en partant de l’intérieur des frigos des personnes que nous avons rencontrées. Nous nous dressons néanmoins face aux difficultés du secteur : pour qu’un webdocumentaire offre une véritable expérience « sensorielle », il faut une plateforme qui retienne l’internaute « zappeur », et pour cela il faut mettre des moyens techniques et financiers conséquents. Avec l’équipe des Frigos, nous nous rendons vite compte que le vrai partage a lieu en live, dans les salles de projection où nous sommes invités : nous sortons peu à peu les frigos de l’écran pour développer une réflexion plus anthropologique que journalistique.

L'équipe des Frigos à nu au Festival du Film d'Environnement - février 2013
L’équipe des Frigos à nu au Festival du Film d’Environnement – février 2013

Pour tenir ce fil rouge, je suis embauché au Lido en tant que photographe, je suis assistant photo d’une photographe de mode qui m’emmène dans des endroits paradisiaques, je me lance même dans une activité de restauration pour réaliser quelques tapas le week-end. Hunter S. Thompson est calé entre deux bouteilles de rhum. Des voyages, des femmes, de l’adrénaline…

MaLouloute est morte en septembre dernier. Nous avions fait son portrait pour les Frigos à nu. Je me rends à son enterrement. Son fils me confie que notre travail est un très beau cadeau, une trace pour qu’on n’oublie pas, sa voix. Touché.

Le buttinage professionnel n’est plus permis : il y a désormais urgence car j’ai l’intime conviction que je ne ferai pas long feu. Des tapas est né un blog : Ya Esta by Tonio. Depuis quelques mois, je retrouve le plaisir d’écrire avec toute la liberté que permet un blog. Je retrouve le plaisir du « je » et du « jeu », le même que lorsque j’écrivais des chroniques pour les matinales de radio campus Bordeaux terminées dans le premier tram à 5h30 du matin après un premier ©Guronzan, le même que lorsque je rédigeais mes copies de Culture Générale qui me disqualifiaient auprès de mes correcteurs autant qu’elles les faisaient rire.

Derrière Capsule, une femme, de l’adrénaline et de l’enthousiasme, beaucoup d’enthousiasme : une bouffée d’air, la preuve qu’il n’existe pas de « crise de la presse » mais une crise des journalistes qui ont oublié qu’ils faisaient un des plus beau métier du monde et qu’ils ont des lecteurs avides de leur retour, un retour au « je » et au « jeu », aux histoires, aux voyages, aux femmes, à l’adrénaline parce que nous sommes des enfants qui veulent raconter des histoires et laisser une trace qui leur ressemble.

L’outil est là, à notre disposition. A l’aune de nos 30 ans, nous n’avons plus d’excuse.

The following two tabs change content below.