Aurélie Daniel – « Que fait-on après, quand on a réalisé que prendre des risques ne nous tuerait pas? »

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J’ai demandé, je demande, je demanderai de se présenter à chaque contributeur de Capsule, qu’il s’agisse de contribuer au Journal d’un Canard ou à la version papier, qu’il soit journaliste ou non, photographe, dessinateur…

C’est le lot du boss, je crois, de montrer l’exemple, je m’exécute donc pour ouvrir la danse.

A la première personne, j’y tiens, même si l’exercice est toujours bien plus compliqué que de se planquer derrière la troisième. Je rêve d’articles éditorialisés, où chacun assume ses présentations des faits, ses opinions, ses positions. Utiliser le « je », c’est déjà s’engager.

Aurélie Daniel - Crédit: Parisian Local
Aurélie Daniel – Crédit: Parisian Local

Bonjour, je m’appelle Aurélie Daniel. 

Pour 99% de mon entourage, c’est « Aurel », depuis des dizaines d’années. Dizaines d’années, je n’en ai pas tant que ça, je n’ai pas encore 28 ans.

Par où commencer sans tomber dans l’écueil « parcours professionnel », « légitimité pour ceci ou cela car j’ai eu tel diplôme ou travaillé dans telle entreprise »? 

Disons que je n’ai jamais eu de problèmes à l’école, pas davantage dans mes études supérieures, j’en ai eu d’autres, tout le monde en a; que je ne supporte que très peu les personnes ayant tendance à se trouver des excuses plutôt que se donner les moyens de trouver des solutions; que je mesure que la vie est bien trop courte et que je ne souhaite pas pour autant consacrer la mienne à me divertir en attendant que ça passe (même si c’est toujours un peu ça, dépend des divertissements).

Quand je crois en quelque chose, je suis la pire tête de mule au monde. Je vais devenir insupportable à force d’en parler, de tenter de convaincre mes interlocuteurs. Pire que cela, j’ai bien peu l’esprit de synthèse, suis plutôt un rat de bibliothèque qui assommera son équipe de centaines de pages de recherches, arguments, classés dans des dossiers, sous-dossiers, sous-sous-dossiers, datés et renommés, parfois accompagnés de tableurs excel si des chiffres ou données me semblent le justifier.

« Stakhanoviste », avait dit de moi mon premier maître de stage. J’aurais sans doute fait une carrière exemplaire dans le monde du droit, auquel mes études et mes premières expériences professionnelles me destinaient.

Me destinaient. Or je ne crois pas au destin. Je n’ai jamais eu de vocation. J’envie parfois ceux qui en ont.

Je n’ai pas davantage de véritable passion. C’est un point faible, rien, hormis ce qui pour une raison X ou Y est mon projet du moment, n’est une constante depuis mes premiers pas. C’est un point fort aussi, sans passion et l’exclusivité qu’elle implique, je suis très curieuse, et peux me « passionner » pour presque tout, du moins m’intéresser à presque tout. J’aime me dire aussi, dans le fond, que je peux tour à tour être juriste d’affaires, business dev, community manager, rédactrice, chanteuse, musicienne, analyste, comptable…

Une constante, peut-être: depuis que je sais écrire, j’écris. Et quand je peux, je tente d’expliquer, de rendre accessible. J’ai peut-être raté une belle carrière de prof. Peut-être, je n’ai pas dit mon dernier mot.

J’ai écrit et écris pour des blogs, des webzines, des médias en ligne, j’ai écrit des conclusions, des ordonnances, des jugements, des notifications d’opérations de concentration, des analyses stratégiques, participé à des concours de poésie, co-composé et écrit des chansons aussi, des nouvelles, trois romans – ne cherchez pas, aucun de publié à ce jour.

A l’époque, j’ai voulu intégrer SciencesPo pour devenir journaliste. Puis je me suis souvenue de mes petits stages en actu radio, désenchantements. Je m’étais donc dit que quitte à écrire, j’écrirais pour des sujets que je maîtrise à peu près, et j’ai continué mon parcours en droit.

Et après? Quelques années à tenter de faire ce qu’on est sensé faire avec tous ses beaux diplômes, jusqu’à ne plus pouvoir, ne plus se reconnaître, tout planter pour monter sa boîte sans savoir alors ce que sera la boîte.

Le web ne pouvait que me plaire. Tant d’informations à portée de clic, tant de savoirs, tant de nouveaux formats, de nouveaux usages… le web me plait depuis que je l’ai découvert, sous toutes ses formes. J’ai passé des nuits sur des forums à débattre du complot du 11 septembre comme de la position de telle personnalité politique sur tel sujet dont tout le monde a presque tout oublié aujourd’hui. J’ai eu ma grande période « réputation numérique et protection des données personnelles » aussi, ma grande période « e-commerce », puis ma période « consommation collaborative ».

Ma première boîte, en tous cas la première dont je pouvais être considérée comme « cofondatrice », était ainsi une start-up de consommation collaborative, baptisée Beyond Croissant. Nous avons lancé très rapidement, avons connu de belles couvertures presse, télé et radio, avons réalisé, avec le recul, un travail incroyable avec si peu de moyens. Nous voulions changer le monde, nous avions de quoi changer le monde à notre petit niveau, chaque pierre compte. De l’avis unanime, le concept était une « bonne idée ». Je sais aujourd’hui qu’il s’agissait en réalité d’une « belle idée », ce qui fait toute la différence: les gens sont contents que ça existe, cela les rassure sur l’humanité, ce n’est pas pour autant qu’ils achèteront, qu’ils payeront pour essayer.

Mon associée partie après avoir réalisé qu’elle était plus attachée à ce que notre service web permettait de réaliser dans la vie réelle qu’au service web lui-même, je me retrouvais seule et surtout épuisée. Beyond Croissant, plateforme de mise en relation de particuliers en vue de repas chez l’habitant, rejoignait alors son concurrent Cookening, dont je suis devenue associée.

Et après? Que fait-on après, quand on a réalisé que prendre des risques ne nous tuerait pas, même si d’autres vous regardent sans comprendre dans quel projet un peu dingue vous êtes encore partie, n’arrivent même plus tellement à suivre comment vous passez de l’un à l’autre? Que fait-on quand on sait qu’on est encore prêt à faire quelques sacrifices pour se consacrer aux « projets un peu dingues »? Que fait-on quand on n’a plus peur de dire qu’on ne sait pas, qu’on apprendra si besoin? Que fait-on quand on sait qu’on peut toujours rebondir après un échec, quel qu’il soit?

Cela fait maintenant des années que je vis avec moins de moyens, mais bien de plus de liberté, en tous cas d’indépendance. Que ma seule véritable charge est de décider de ce que sera la suite, et de me débrouiller pour n’avoir de compte (notamment de comptes financiers) à rendre à personne.  Cela a ses avantages et ses inconvénients. Ils me conviennent, pour le moment.

Et au quotidien, à court terme, à moyen terme, la seule question à laquelle je souhaite répondre est « qu’est-ce qui m’enthousiasme? » 

Je suis partie en vacances, au début de l’année, retrouver une amie vivant aux Caraïbes, pour ses 30 ans. Un soir comme tous les soirs, nous avons pris un apéro, j’ai eu un tilt, l’idée était née. Un quart de seconde, je me suis demandé « et si on le faisait, si je le faisais? Et pourquoi pas? »

Depuis des années, je ne lis plus de presse écrite et mes sources d’informations sont aléatoires: mes flux Facebook et Twitter, mes diverses veilles sur Linkedin et Google+, mes newsletter type Time to sign off. Alors que j’aime le papier.

Et nous voilà.

Ce qui m’enthousiasme aujourd’hui, c’est Capsule, son lab, sa future rédac. Elaborer son modèle économique, sa stratégie de communication, ses rubriques, recruter son équipe, trouver des financements… J’ai peur, mais j’ai hâte.

Ainsi, je suis désormais estampillée « directrice de la publication de Capsule ».

Et après? Nous verrons bien :)

 

PS: j’oubliais, j’adore les gifs.

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Fondatrice de Capsule, curieuse, stakhanoviste, entreprenante et enthousiaste

5 Responses

  1. josee fourmond

    Bonjour,
    Je trouve votre article très intéressant, habitez-vous au Québec…
    Je cherche une journaliste pour un projet…

  2. jerome Patureau

    Bonjour Aurélie

    C’est avec joie que je vous contacte car je souhaite prendre des risques!
    J’aimerai discuter plus en détail par rapport aux manières d’aborder la création d’un journal ou magazine.

    Cordialement

  3. Bravo ! Jolie initiative. Suis moi-même férue de magazine, découvres le mien si tu le veux, un concept intéressant qui parle de l’art et surtout des artistes. A bientôt :-)

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