Avril 2015 – C’est une question de point de vue

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Prenez la question des naufrages de migrants en Méditerranée, que refuse de se poser l’UE au nom de la sécurité de ses frontières ;

Prenez le centenaire du génocide arménien, que la Turquie refuse encore de reconnaître ;

Prenez le TTIP, discuté avec une opacité hallucinante au nom du bon déroulement des négociations malgré l’importance de ses potentiels impacts ;

Prenez le projet de loi sur le renseignement, défendu par certains au nom du « mais il faut bien faire quelque chose », attaqué par d’autres au nom du « oui, mais pas ça ».

Et vous verrez, tout est une question de point de vue.

Les Britanniques ne vont pas tarder à donner le leur lors des élections législatives, et la Commission européenne rendra le sien concernant un éventuel abus de position dominante de Google dans quelque temps.

Il reste que de nombreuses personnes continuent d’être massacrées au Kenya , en Libye, au Yemen, en Irak

Et que je ne sais pas quel est votre point de vue, mais au moins, vous saurez.

Capsule vient d’avoir un an, et je ne vous cache pas que ce mois-ci, le rédiger dans la joie et la bonne humeur n’a pas été une mince affaire.

Bonne lecture !

Vous avez décroché ? Vous avez survolé ? Tout va bien ! Le récapitulatif de l’actu du mois en 10 synthèses et quelques brèves, c’est Capsule et c’est parti :

Si vous avez survolé l’info au mois d’avril 2015 …

#MIGRATIONS De nouveaux naufrages en Méditerranée ont fait des centaines de morts… mais l’UE préfère se préoccuper de la sécurité des frontières

Carte routes immigration clandestine en europe 2015 Capsule
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Que s’est-il passé ?

Sensiblement la même chose que d’habitude, mais avec plus de morts : en deux semaines, de nouveaux naufrages de bateaux de migrants ont fait plus de 1000 morts en Méditerranée. Je dis “bateaux”, je pense tas de planches flottant à peu près. Il s’agit de la pire catastrophe humanitaire dans cette mer, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR).

Plus de 1650 migrants ont ainsi péri en Méditerranée depuis le 1er janvier 2015 (contre 90 sur la même période en 2014).

D’où venaient les passagers ?

Les passages entre la Libye ou la Tunisie et les côtes italiennes se multiplient et des milliers de migrants ont débarqué en Italie ce mois-ci. Ceux des derniers grands naufrages venaient majoritairement de Syrie et d’Afrique subsaharienne (retenez des pays où vous ne voudriez même pas passer une journée).

Si les migrants sont prêts à endurer la traversée, le risque de naufrage, etc. et même à consacrer une fortune (800 euros ou plus par réfugié) auprès de passeurs pour échapper à la pauvreté, aux conflits et aux persécutions, c’est qu’il y a de bonnes raisons.

Mais “on ne peut pas accueillir toute la misère du monde” ?

Certains vous diront que si cette misère était blanche et parlait au moins anglais, il y aurait malheureusement de bonnes chances que le raisonnement serait différent. Il demeure que la répartition des migrants accueillis par l’UE est bien moins discutée par les Etats membres que le renforcement de la surveillance des frontières, notamment au nom du risque terroriste.

Or il n’y a pas 40 alternatives : soit on laisse mourir les migrants sur leurs embarcations en Méditerranée, soit on trouve des solutions au sein de l’UE pour les accueillir.

Comment réagit l’Union européenne ?

Comme je vous l’expliquais en octobre, la priorité au sein de l’UE est la sécurité des frontières extérieures à l’espace Schengen.

L’opération “Mare Nostrum”, gérée par l’Italie, consacrait 9 millions d’euros par mois au sauvetage de migrants, soit 400 personnes secourues par jour en moyenne. Mais elle a été remplacée en novembre dernier par l’opération “Triton”, gérée par l’UE avec un budget trois fois moins élevé, puisque rendre la traversée plus sûre revenait à faciliter et donc à encourager les migrations. Vous avez donc bien lu : l’UE cherche à dissuader les passages.

L’Organisation internationale des migrations (OIM) et l’ONU recommandent pour leur part de redonner aux garde-côtes les moyens d’intervenir lors de naufrages, en réaffectant un budget européen dédié au sauvetage de migrants.

L’Italie a réclamé mi-avril un sommet en urgence en vue de la mise en place d’une véritable politique d’immigration commune. Elle est en première ligne, puisque 60% des franchissements illégaux aux frontières de l’espace Schengen en 2014 ont été effectués via les côtes italiennes.

Ce sommet a eu lieu le 23 avril, mais si le budget de l’opération Triton a été triplé et rejoint le niveau que consacrait l’Italie à l’opération Mare Nostrum, son champ d’action est bien plus restreint : eaux territoriales européennes (et non zone allant jusqu’aux côtes libyennes) et secours des migrants limité au strict minimum. L’objectif européen reste la sécurité et le contrôle des migrations, donc la surveillance des frontières, non le sauvetage.

C’est en somme une bien belle hypocrisie, alors que nous sommes les premiers à faire de jolies marches en hommage aux victimes de tel ou tel massacre (rien que ce mois-ci, pour le Kenya, l’Ethiopie, l’Irak, le Yemen… )

Et la France là-dedans ?

L’ancien ministre de Jean-Louis Borloo proposait en mars dernier la création d’une agence dotée de 4 milliards de dollars par an pour “électrifier l’Afrique” (600 millions d’Africains n’ont accès ni à l’eau potable, ni à l’électricité). Une goutte d’eau certes, mais cette piste s’inscrit dans la lignée des initiatives pour favoriser le développement et la paix dans les pays d’origine – vaste programme.

A plus court terme, le projet de réforme du droit d’asile, en vue de réduire les délais de demandes d’asile, sera examiné à partir de début mai et devrait être adopté d’ici l’été selon Manuel Valls.

Enfin, que proposent les partisans de l’ouverture des frontières ?

Ils proposent avant tout de mettre fin à la politique de non-assistance à personne en danger menée par l’UE, et de mettre en oeuvre une véritable politique de sauvetage en Méditerranée, une sorte d’opération “Mare nostrum” européenne.

Il s’agirait ensuite de mieux répartir l’accueil des réfugiés (et plus largement des personnes déplacées) au sein de l’UE et même d’y augmenter leur mobilité (puisque quand ta présence est illégale, tu ne vas pas te risquer à repasser une frontière).

Quand on sait enfin que de nombreux Etats membres de l’UE, dont l’Allemagne, ont des taux de natalité très faibles et devront bien trouver une solution pour maintenir leur niveau de remplacement de la population, arrêtons peut-être de diaboliser l’immigration.

Oui, c’est dur, mais si vous souhaitez en savoir plus, cliquez ici 

#ANTI-TERRORISME Le dernier projet de loi sur le renseignement, en cours d’adoption, serait très intrusif et inefficace

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Que s’est-il passé ?

Je me réjouissais un peu vite fin janvier que le Gouvernement ne propose pas de nouvelle loi-antiterroriste suite aux évènements du 7 au 9 janvier.

Ils n’ont pourtant pas trainé : fin mars, le Gouvernement préparait tranquillement un projet de loi visant à élargir les pouvoirs de ses services de renseignement. Ce texte a été largement musclé par les députés en commission des lois, puis examiné par l’Assemblée nationale à partir de mi-avril. Oui, c’est rapide.

Et il dit quoi, ce projet de loi sur le renseignement ?

On aimerait vous surveiller encore plus, sait-on jamais, avant tout en légalisant et en élargissant des pratiques qui étaient auparavant illégales. Le tampon sur la fesse droite, en somme.

L’idée est en effet de renforcer la loi anti-terroriste adoptée en novembre dernier (et dont je vous parlais en septembre) en donnant aux services de renseignement un cadre légal et de nouveaux moyens techniques pour agir.

Il prévoit entre autres

  • la mise en place de “boîtes noires” (oui, comme dans les avions) chez les fournisseurs d’accès à Internet (FAI), pour surveiller le trafic sur le web et ainsi identifier de potentiels terroristes ; enfin, ça c’est pour la comm’, puisque le renseignement est bien plus large que la lutte anti-terroriste.
  • plus largement, la possibilité, par divers moyens, de surveiller physiquement et électroniquement des individus, de leur téléphone à leurs emails, sans passer par l’autorisation d’un juge mais sur autorisation du Premier ministre.

Oula, ça a l’air compliqué tout ça, peut-on faire une pause chaton ?

Mais bien sûr :

Et donc, pourquoi le Gouvernement tient-il à l’adoption de son projet de loi ?

Le Gouvernement, et pas seulement puisque l’opposition UMP partage largement son avis (si si), semble surtout retenir les chiffres chocs : au moins sept Français ont commis des attentats-suicides au Moyen-Orient, 90% des radicalisations se font sur Internet, blablabla. Tremblez parlementaires. Retenez par conséquent que l’argument principal du Gouvernement est “il faut faire quelque chose” (« quoi », en revanche, le mystère demeure…).

Conscient que le texte ne passerait pas tout seul, la création d’une Commission nationale des techniques de renseignement (CNCTR) est prévue pour vérifier que ça ne dérape pas trop.

Les partisans du projet de loi vous diront aussi que si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à craindre. Le hic, c’est que vous n’avez pas forcément envie de vivre dans une société où vos comportements sont influencés par le fait qu’on vous écoute peut-être… ce qui vous conduira finalement, que vous le vouliez ou non, consciemment ou non, à vous autocensurer.

Je préfère les chiens.

Bon d’accord :

Quels sont les arguments des opposants au projet de loi ?

C’est l’éternel débat entre défense des libertés et sécurité : adopter une loi sécuritaire, c’est porter atteinte aux libertés. Le minimum, c’est donc d’être à peu près assuré que cette loi servira à quelque chose.

Or les opposants au projet (même la CNIL !) et leurs pancartes “Je suis sur écoute” soulignent que le projet serait non seulement intrusif, mais aussi inefficace.

Ils font notamment valoir que :

  • Les “boîtes noires” mises en place chez les FAI pourraient être utilisées à d’autres fins que la lutte contre le terrorisme, instaurant une surveillance massive aux contours trop flous. L’expérience montre d’ailleurs que les lois anti-terroristes sont souvent appliquées au-delà de leur vocation première : par exemple, seuls 0,5% des perquisitions menées au titre du Patriot Act aux Etats-Unis en 2013 visaient des suspects de terrorisme, toutes les autres ayant concerné des affaires de fraude ou d’évasion fiscale, de trafic de drogue, etc. De leur côté, les hébergeurs informatiques français (notamment OVH) ne pourraient plus garantir la confidentialité des données de leurs clients, raison pour laquelle ils menacent de délocaliser leurs serveurs. L’hébergeur Altern.org a d’ailleurs déjà annoncé fermer ses services le temps de déménager à l’étranger.
  • Les motifs pour lesquels une surveillance pourra être mise en place sont très larges, comme la définition d’un “comportement suspect”. Par exemple, la “défense des intérêts économiques majeurs de la France”, qui figure parmi les raisons pour lesquels les renseignements pourraient agir, peut entraver les enquêtes indépendantes sur les grandes entreprises françaises, enquêtes menées par des avocats ou journalistes. C’est finalement le même reproche que celui qui était adressé à la protection du secret des affaires en février.
  • La fameuse CNTR n’interviendrait qu’a posteriori, en cas d’abus (autrement dit, bien trop tard) : il reste qu’à la base, les surveillances pourront être décidées sur simple décision du Premier ministre, sans intervention d’un juge. Pire encore, la CNTR n’aurait qu’un avis consultatif (autrement dit, personne ne sera obligé de l’écouter). Tout le monde a aussi l’air d’avoir oublié le scandale du piratage de cartes SIM par la NSA, qui remonte pourtant à … il y à peine deux mois.
  • Surtout, les mesures proposées seraient inefficaces puisque le plus gros problème de la lutte anti-terroriste reste celui de la stratégie : même si la loi sur le renseignement était adoptée, elle ne servirait à quelque chose que si la masse des renseignements obtenus est traitée correctement et permet de prendre des décisions adéquates pour lutter contre les terroristes. Or je me répète, mais la dernière loi anti-terroriste a été adoptée en France il y a moins de six mois, sans parler du “patriot act” à la française adopté en 2013…  des données, des surveillances, des dossiers, il y en a déjà, et rien de tout cela n’a permis d’empêcher les tarés d’agir début janvier (tarés qui je le rappelle, étaient connus des services de police, on ne parle même pas de gars sortis de nulle part).

Et finalement, ce projet va être adopté ?

Le projet de loi sera d’abord soumis au vote à l’Assemblée nationale le 5 mai, avant de passer devant le Sénat.

Coup de théâtre : dans l’émission Le Supplément sur Canal +, le président de la République François Hollande a affirmé qu’il saisirait ensuite le Conseil constitutionnel, ce qui permettra peut-être de retoquer les plus importantes atteintes aux libertés.

Et vous, n’avez-vous rien à cacher ? #IciLaVoix

Et pour en savoir plus sur les lois anti-terroristes, cliquez ici 

#GOOGLE Google est accusé d’abus de position dominante par la Commission européenne

Unicorn google gif

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Que s’est-il passé ?

Le 15 avril, la Commission européenne a communiqué ses griefs à Google : elle l’accuse d’avoir abusé de sa position dominante au sein de l’Union européenne. A terme, Google risque une amende de six milliards d’euros (10% de son chiffre d’affaires mondial en 2014).

C’est la première fois de son histoire que l’entreprise est soupçonnée d’avoir enfreint les règles de la concurrence.

En quoi Google aurait abusé de sa position dominante ?

90% des recherches sur le web en Europe sont effectués via Google, ce qui place clairement cette société en position dominante dans les moteurs de recherche – jusque-là, bravo et rien d’illégal.

Ce que la Commission lui reproche, c’est d’avoir abusé de cette position en ayant modifié les résultats des recherches des internautes afin de promouvoir ses services spécialisés, au détriment de ceux de ses concurrents (Expedia, Kelkoo, etc.). Ces derniers estiment (évidemment …) qu’au-delà de leurs petites personnes, les pratiques de Google nuiraient à l’innovation et au choix des consommateurs.

C’est tout ?

Non. Une enquête est aussi lancée par la Commission concernant Android. Selon elle, Google, avec son système d’exploitation pour mobiles Android, imposerait à ses fabricants de se soumettre à des règles strictes, en particulier en installant exclusivement des applications ou services de Google. C’est difficilement défendable quand on sait qu’Android est open source et gratuit, mais pourquoi pas.

Qu’en pense Google ?

Juridiquement, Google a deux mois pour formuler une réponse à cette notification des griefs. L’entreprise s’est déjà exprimée sur son blog en mettant largement en avant, chiffres à l’appui, à quel point ses concurrents se portent bien. Ils sont tellement cools, chez Google.

Pour sa part, le président des Etats-Unis, en février, estimait déjà que l’attention de plus en plus étroite dont font l’objet les grandes entreprises technologiques américaines par les régulateurs européens visait à créer des obstacles empêchant ces entreprises d’opérer efficacement en Europe. Il faut dire qu’il y a un peu plus d’un an, Google avait déjà pris un certain nombre d’engagements auprès de la Commission en vue de proposer un affichage comparable de ses concurrents dans la recherche en ligne spécialisée.

Quoi qu’il en soit, accusé ne signifie pas coupable et la procédure sera encore longue avant de confirmer ou non l’abus de position dominante.

En attendant, vous pouvez imaginer votre vie sans Google et tester notre petit français, le moteur de recherche Quwant.

Si vous souhaitez en savoir plus sur Google, cliquez ici 

#KENYA Une attaque terroriste a fait 147 morts dans une université au Kenya

Carte Kenya 2015 Capsule journal
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Que s’est-il passé ?

Le 2 avril, le campus de l’Université de Garissa (est du Kenya, 150 km de la frontière avec la Somalie) a été attaqué par un groupe terroriste. 147 personnes, dont une majorité d’étudiants, ont été tuées.

Qui a attaqué le campus de l’Université de Garissa ?

Les terroristes auteurs de l’attaque étaient affiliés à Al-Chebab (Harakat Al-Chabab Al-Moudjahidine ou « Mouvement de la jeunesse des moudjahidine »), groupe d’au moins 5000 djihadistes basés en Somalie et rattachés à Al-Qaïda depuis 2012.

Pour se renforcer, les Chebabs (s’écrit aussi “Chabab” ou “Shebab”) profitent du chaos qui règne depuis 1991 en Somalie, qui partage 700 km de frontières avec le Kenya.

Pourquoi avoir attaqué le campus de Garissa ?

Depuis 2011, le Kenya envoie des troupes militaires en Somalie pour combattre les Chebabs : en représailles, ces derniers, qui s’estiment victimes d’une invasion étrangère, s’attaquent régulièrement aux civils au Kenya.

En 2013, leur attaque du centre commercial Westgate avait ainsi fait 67 morts à Nairobi, capitale du pays ; en été 2014, plusieurs villages de la côté kényane (archipel de Lamu, au sud-est) étaient aussi visés par des raids ; et ainsi de suite.

A Garissa, il s’agissait de faire une nouvelle démonstration de force, notamment auprès de potentielles recrues. Si l’éducation est le début d’un “processus d’occidentialisation” pour la plupart des terroristes, l’attaque de ce type de lieu peu protégé est facile et provoque un impact émotionnel maximal.

Selon le porte-parole des Chebabs, Garissa éduquait de nombreux chrétiens “sur une terre musulmane colonisée”, intégrant le plan du Kenya (à 80% chrétien) de “propager le christianisme et l’infidélité”. Dans un communiqué adressé au Kenya le 4 avril, Al-Chebab a promis « une longue et épouvantable guerre » et « un nouveau bain de sang ».

Que font les autorités kenyannes ?

Même si c’est un fiasco, le gouvernement kenyan ne souhaite pas renoncer à combattre les Chebabs en Somalie, au contraire : l’armée y a donc effectué une série de raids dès le 5 avril.

Néanmoins, il semble de plus en plus désemparé. Il envisage ainsi la construction d’un mur le long de sa frontière avec la Somalie, en particulier au niveau de la province de Mandera (nord du pays) où 300 personnes sont mortes dans les différents attentats perpétrés par les Chebabs depuis 2013. Oui, un mur.

Il a annoncé par ailleurs que les comptes bancaires des personnes ou entités soupçonnées de liens avec des activités terroristes seraient gelés.

Le chercheur Abdiwahab Sheikh Abdisamad estime pour sa part qu’une des priorités serait de redonner des projets aux jeunes kenyans susceptibles d’être recrutés par les Chebabs. Bon courage.

Et en Somalie, où sont basés les terroristes Chebabs, on en est où ?

La Somalie reste le pays le plus corrompu et le plus défaillant du monde, le rêve pour des djihadistes. L’Etat Somalien est dépourvu d’autorité centrale depuis 1991, même si un référendum constitutionnel est prévu en 2015.

Les milieux d’affaires y soutiennent les Chebabs, notamment financièrement via des dîmes et taxes prélevées par les islamistes dans les régions qu’ils contrôlent. Les Chebabs ont en effet permis de désarmer de nombreuses milices qui ont contribué à rétablir l’ordre (très relatif) en Somalie et quelques flux commerciaux. En somme, même s’ils sont affaiblis par l’Amisom (force de paix de l’Union Africaine en Somalie, avec l’aval des Nations Unies), les islamistes ont peu à craindre des autorités somaliennes.

Et au pire, s’ils ne sont plus contents avec Al-Qaïda, ils rejoindront l’Etat Islamique pour se renflouer. Joie.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la situation au Kenya, cliquez ici 

#LIBYE 30 Ethiopiens chrétiens ont été assassinés par Daech mi-avril, permettant à l’organisation islamiste de préciser ses rapports avec le christianisme

Carte Ethiopie 2015 Capsule
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Que s’est-il passé ?

30 Ethiopiens chrétiens ont été capturés et décapités en Libye par Daech (Etat islamique), ce qui a été révélé par une vidéo mise en ligne le 19 avril.

Au-delà des nombreuses vidéos d’exécutions, 21 chrétiens coptes Egyptiens avaient également été tués par l’EI en Libye en février dernier.

Ce qui est nouveau, c’est que l’organisation explique dans la même vidéo qu’elle tolère la présence de chrétiens (orthodoxes, catholiques ou protestants) sur les territoires musulmans, dès lors qu’ils payent un impôt, la jizya et obtiennent ainsi le statut de dhimmi. Les autres seront exécutés : voici le message.

Cette précision par Daech de ses rapports avec le christianisme intervenait alors que le Pape François venait de dénoncer l’indifférence autour de la persécution des chrétiens d’Orient.

Qui sont les chrétiens d’orient ?

L’expression “chrétiens d’orient” désigne avant tout les chrétiens non-latins, principalement orthodoxes, présents aussi bien en Iran, en Arménie, en Syrie, au Liban, en Turquie qu’en Ethiopie ou encore au Kenya .

Je vous épargne les distinctions entre coptes, chaldéens, assyriens et maronites, vous avez l’essentiel.

Que se passe-t-il en Libye ?

Le pays est dirigé par deux gouvernements rivaux, laissant largement à Daech l’opportunité de s’implanter, de se développer et de menacer les pays limitrophes, comme je vous l’expliquais fin février.

Carte Libye 2015 capsule actualité
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En France et plus largement au sein de la communauté internationale, le débat ne cesse d’être relancé quant à l’opportunité d’y intervenir militairement pour rétablir la stabilité. Or comme l’ont démontré les expériences américaines en Irak et en Afghanistan, intervenir militairement ne suffit pas à restaurer la paix, encore faut-il gérer « l’après ».

Dans ce chaos, le contrôle des frontières laisse forcément à désirer, de sorte que de nombreux migrants, à l’image des Ethiopiens assassinés, rejoignent surtout la Libye avant d’embarquer pour l’Europe (oui, tout est lié).

Et en Ethiopie ?

Même si le pays affiche une croissance à plus de 10% depuis environ 10 ans, l’Ethiopie reste parmi les pays les plus pauvres du monde. Son économie repose essentiellement sur l’agriculture, ce qui la rend très sensible aux sécheresses et aux inondations qui provoquent régulièrement d’importantes famines.

L’Ethiopie est par ailleurs très concernée par les menaces des islamistes chebabs puisqu’elle est, comme le Kenya, très impliquée en Somalie (oui, tout est lié – bis).

Je veux un câlin

Je comprends

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#IRAK A Tikrit, la première grande victoire contre l’Etat islamique a eu lieu le 31 mars

Carte Irak et pays alentours Capsule 2015
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Que s’est-il passé ?

Depuis début mars, les forces spéciales et la police irakienne tentaient de reprendre la ville Tikrit à Daech (Etat islamique, EI), qui l’avaient conquise en juin 2014. Tikrit est située à 160 km au nord de Bagdad.

A partir du 25 mars, les Etats-Unis ont commencé à bombarder la ville irakienne en renfort, et le 31 mars, la ville était reprise en totalité aux djihadistes.

Il s’agit de la première grande victoire dans la lutte contre Daech, qui réalise peu à peu qu’il est bien plus difficile de conserver un territoire que de s’en emparer.

Mais c’est quoi, déjà, l’Etat islamique ?

L’Etat islamique (EI, ou Daech, ou ISIS en anglais) est une organisation terroriste sunnite rendue tristement célèbre par ses vidéos d’exécutions massives et de décapitations (comme ce mois-ci en Libye). Si ses bases sont en Irak et en Syrie, cette organisation est aujourd’hui présente dans de nombreux pays, renforcée par des soutiens ponctuels et des allégeances d’autres groupes terroristes (comme la secte nigériane Boko Haram récemment). Elle profite aussi largement du chaos qui règne dans certains pays, à commencer par la Libye.

Daech est un des concurrents idéologiques d’al-Qaïda, dont il est pourtant issu. La scission a été officialisée fin 2006.

Plus largement, chiites et sunnites (deux courants de l’islam) s’affrontent dans tout le Moyen-Orient depuis au moins 1979 (révolution islamiste iranienne), sachant que les sunnites représentent environ 85% des musulmans du monde. Vous avez ainsi

  • d’un côté, les pays à majorité chiite (Iran, Irak, Azerbaïdjan, Bahreïn) et les importantes minorités chiites dans certains pays (Pakistan, Yemen, Inde, Afghanistan, Arabie Saoudite, Liban notamment avec le Hezbollah)
  • de l’autre, les pays à majorité sunnite : Syrie, Arabie Saoudite, Turquie, Jordanie, Yemen, Somalie, Libye, etc. ou les groupes comme le Hamas palestinien.

De leurs conflits politiques et géopolitiques est notamment né l’Etat islamique, qui poursuit son objectif d’instauration d’un califat sunnite. Depuis le 29 juin 2014, l’organisation considère d’ailleurs que cet objectif est atteint sur les territoires irakiens et syriens qu’elle contrôle.

Chiites et sunnites carte

Les Etats-Unis interviennent donc de nouveau en Irak ?

L’intervention des Etats-Unis se fait avant tout en soutien des forces locales, dans le cadre de la coalition internationale. Il ne s’agit pas de répéter les erreurs de la guerre en Irak de 2002 à 2011 :  la gestion de la transition est le point le plus difficile, pas le départ en campagne militaire (ça se saurait si gouverner était plus facile que de tirer dans le tas).

L’Iran est aussi un point délicat, puisque même s’il ne fait pas partie de la coalition internationale anti-djihadistes, il était impliqué via son général Qassem Souleymani dans l’offensive de Tikrit, comme l”étaient les milices chiites. Or en pleines négociations sur le nucléaire iranien, une collaboration même indirecte entre l’Iran et les Etats-Unis est mal perçue par les Américains.

Ils doivent être contents d’être libérés, à Tikrit !

Pas vraiment, enfin pas encore … la ville de Tikrit s’est vidée de ses habitants et a été piégée d’explosifs par Daech. Elle doit être “nettoyée” avant de permettre aux habitants de se réinstaller, en plus du départ des milices chiites qui y effectuent des pillages.

Une des prochaines étapes pour les forces irakiennes sera la reconquête de la ville de Mossoul, seconde ville d’Irak, investie par Daech en juillet 2014.

Une dernière nouvelle ?  

Le calife autoproclamé de l’Etat islamique, Abu Bakr al-Baghdadi, aurait été blessé par une frappe américaine courant mars dans l’ouest de l’Irak, selon le Guardian. Or ses blessures seraient suffisamment graves pour l’empêcher de participer aux décisions politiques et militaires de l’EI, encore moins de le diriger ; une radio iranienne a d’ailleurs annoncé son décès le 27 avril (non confirmé à l’heure où j’écris ces lignes).

Selon certains observateurs, sa mort pourrait entraîner une crise spirituelle et politique importante au sein de Daech, tandis que d’autres soutiennent que Choura, le conseil dirigeant l’organisation Daech, désignerait rapidement un successeur à celui qui serait rapidement considéré comme un “martyr”.

En attendant, si vous souhaitez en savoir plus sur l’Etat islamique, cliquez ici 

#YEMEN L’Arabie Saoudite a lancé une intervention militaire au Yemen, ce qui froisse l’Iran

Carte Yemen 2015
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Que s’est-il passé ?

Au Yemen, il n’y a plus de gouvernement et c’est le bordel : comme je vous l’expliquais il y a deux mois, les rebelles houthistes (chiites) y ont repris le pouvoir, l’exécutif a démissionné, des attentats ont lieu (même contre des mosquées, revendiqués par Daech, le 20 mars) et l’ONU ne sait pas comment réagir.

L’Arabie Saoudite voisine a finalement décidé de commencer à intervenir massivement au Yemen fin mars en vue de ralentir les Houthis dans leur progression. Cette intervention a été condamnée par l’Iran (rival historique de l’Arabie Saoudite), le tout cristallisant le conflit chiites contre sunnites dans toute la région, comme je vous le disais plus haut (voir  le sujet sur l’Etat islamique en Irak).

  • Au nord (Irak / Syrie), vous avez donc l’Iran (chiite) et la coalition internationale qui combattent avant tout l’Etat islamique (Daech), sunnite.
  • Au sud, notamment au Yemen (à la population majoritairement sunnite), l’Arabie Saoudite (sunnite) combat les milices chiites Houthis avec le soutien de huit autres pays arabes (…et des Etats-Unis).

Dans tout ce bazar, les plus heureux sont al-Qaïda (oui, les mêmes que ceux dont se revendiquaient les frères Kouachi, responsables de l’attaque de Charlie Hebdo), qui comme l’Etat islamique en Syrie ou en Libye profitent du chaos pour se développer.

You-pi.

Et rebelotte, en résumé :

Chiites et sunnites carte

Comment réagit l’Iran (chiite), rival de l’Arabie Saoudite (sunnite) ?

Mi-avril, l’Iran proposait un plan de paix au Yemen en 4 points : cessez-le-feu, assistance humanitaire, dialogue national entre les différentes communautés et constitution d’un gouvernement représentatif élargi… on rêve encore.

Les combats se poursuivent, en particulier dans la capitale yemenite (Sanaa), malgré l’annonce officielle de la fin de la phase intensive de l’offensive le 22 avril.

Le risque d’un conflit plus direct entre les deux grandes puissances régionales que sont l’Arabie Saoudite et l’Iran (et leurs alliés respectifs) est réel, même si l’Iran cherche plus ou moins à montrer patte blanche à la communauté internationale.

D’ailleurs, on en est où sur la question du nucléaire iranien ?

Le mois dernier, je vous rappelais les enjeux de l’accord sur le nucléaire iranien. Un premier accord a été annoncé le 2 avril… accord convenant de convenir un accord, on n’est donc (toujours) pas sorti.

L’Iran, entouré de pays sunnites, rechigne toujours à réduire ses capacités nucléaires, et d’autant moins sans levée intégrale et immédiate des sanctions internationales qui pèsent sur lui. Les négociations ont par conséquent repris le 22 avril à Vienne. Non non, on ne se lasse pas.

Carte Iran Capsule 2015
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#ARMENIE Cent ans après, la Turquie ne reconnaît toujours pas le génocide arménien

Carte Arménie en Europe 2015
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Quel est le point commun entre André Manoukian, Kim Kardashian, Cher, Charles Aznavour et les membres du groupe System of A Down ?

Tous sont d’origine arménienne et permettent (chacun à leur manière…) de faire entendre la voix des 10 millions d’Arméniens dans le monde (3 millions en Arménie, 7 millions en diaspora) en mémoire du génocide arménien.

Le 24 avril, on commémorait en effet le centenaire du génocide arménien qui a débuté à la même date en 1915.

C’est quoi, le génocide arménien ?

Entre avril 1915 et 1918, 1,5 million d’Arméniens vivant en Turquie étaient tués par le régime turc, plus précisément par le parti des Jeunes-Turcs alors au pouvoir, au nom de l’homogénéité ethnique et religieuse de la Turquie. Les Arméniens constituaient en effet une minorité chrétienne dans un empire musulman.

En d’autres termes, les Arméniens ont subi pendant la Première guerre mondiale le même type de scénario que celui subi par les Juifs pendant la Seconde. Certaines personnalités, comme l’avocat Serge Klarsfeld, estiment même qu’il n’y aurait pas eu de Shoah sans le génocide arménien, tant celui-ci avait pu donner un sentiment d’impunité aux auteurs de massacres (ou théorie du « si ça passe là-bas, ça passera chez nous »).

Pourquoi insister sur le terme de “génocide” ?

Un génocide se définit moins par le nombre de victimes que par la mise en place d’un système d’extermination d’une population, en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales. Or il s’agit d’un crime contre l’humanité, sanctionné par les juridictions internationales comme la Cour pénale internationale (CPI). La Turquie, sans avoir volontairement reconnu le génocide, pourrait donc en être reconnue coupable, par le Conseil de sécurité de l’ONU par exemple.

D’ailleurs, pourquoi la Turquie ne reconnaît-elle pas le génocide arménien ?

Au début de ce mois d’avril, le Pape François utilisait publiquement pour la première fois le terme de “génocide” pour qualifier les massacres d’Arméniens du début du siècle, déclenchant la colère de la Turquie qui préfère parler de “guerre civile”, au mieux de “massacre”.

La Turquie peut difficilement adopter une autre position puisque cela lui ferait notamment admettre que de nombreux postes clés au gouvernement turc ont été occupés par d’anciens responsables du génocide après la Première guerre mondiale. Plus encore, si la Turquie reconnaissait le génocide arménien, les implications juridiques seraient nombreuses, ne serait-ce que pour faire face aux probables demandes de dédommagement de la part des Arméniens (même si certains d’entre eux estiment déjà que la reconnaissance historique suffirait), sans compter les probables demandes de restitutions de biens dérobés aux Arméniens entre 1915 et 1918.

Pour leur part, l’Allemagne et l’Autriche ont attendu cette année pour employer le terme de génocide, tandis que la France se met régulièrement la Turquie à dos en tentant de faire adopter une loi pénalisant la négation du génocide arménien.

Pfiou, il est pesant ce sujet, peut-on avoir un break musical ?

Maintenant, pour en savoir plus sur le génocide arménien, cliquez ici 

#ROYAUME-UNI Le suspens est total dans l’attente des élections législatives du 7 mai au Royaume-Uni

Carte Royaume-Uni 2015
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Que s’est-il passé ?

Le 30 mars, le premier ministre David Cameron a annoncé la dissolution de la Chambre des communes (équivalent de l’Assemblée nationale en France, tout comme la Chambre des Lords serait l’équivalent du Sénat).

Pas de panique, il s’agit d’une simple formalité administrative marquant le début de la campagne électorale en vue des élections du 7 mai prochain.

Et alors ?

Le scrutin est très indécis, les sondages se contredisent et le suspens demeure quant à l’obtention d’une majorité par l’un des partis en lice (lequel, d’ailleurs ?).

650 sièges sont à pourvoir et une formation politique doit obtenir au moins 326 sièges pour obtenir cette majorité. Faute de l’obtenir, des alliances devront être constituées pour éviter les blocages. Or pour le moment, chaque formation politique court pour sa pomme (et ce n’est pas le grand amour entre elles).

Surtout, le gouvernement qui émanerait du Parlement sera forcément minoritaire ou issu d’une coalition fragile, rendant compliqué voire impossible le bon déroulement du processus législatif. En bref, sans majorité absolue d’un des partis, le Royaume-Uni serait vite ingouvernable, menant probablement à une nouvelle dissolution et à de nouvelles élections (comme c’est arrivé en 1974).

Qui sont les partis en lice pour les élections du 7 mai ?

En 2010, aucune majorité ne s’était dégagée au Parlement : les Conservateurs avaient obtenu 306 sièges et avaient ainsi conclu un accord avec les Libéraux-Démocrates (57 sièges) pour gouverner. Les Travaillistes, menés par le Premier ministre de l’époque Gordon Brown, avaient obtenu 258 sièges.

Cette année, les partis en compétition sont sensiblement les mêmes qu’aux précédentes élections et se distinguent notamment par leurs positions sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne (rien que ça) et sur la tenue d’un nouveau référendum relatif à l’indépendance de l’Ecosse (dont je vous parlais en septembre):

  • Les Conservateurs (Tories), toujours dirigés par David Cameron (actuel Premier ministre) qui souhaite un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’UE
  • Les Travaillistes (Labour), dirigés par Ed Miliband, attachés à l’Union européenne (sans le dire trop fort non plus)
  • Le SNP (Parti nationaliste écossais), mené par Nicola Sturgeon, Première ministre d’Ecosse souvent comparée à Margaret Thatcher ou à Angela Merkel et qui connaît une belle ascension politique depuis le “non” au référendum relatif à l’indépendance de l’Ecosse 
  • UKIP, parti d’extrême-droite europhobe, qui a réalisé un score historique aux élections européennes de mai 2014  
  • Les Libéraux-Démocrates, qui avaient créé la surprise en obtenant 57 sièges en 2010 et qui s’étaient alors alliés aux Tories, mais qui semblent en perte de vitesse pour ce scrutin
  • Les Verts.

Comment se déroule cette campagne électorale ?

Les plus contents, pour le moment, ce sont les indépendantistes écossais. En effet, 59 sièges sont dévolus à l’Ecosse à la Chambre des communes et la totalité d’entre eux devrait être remportée par le SNP. Quels que soient les partis en tête de scrutin, en particulier s’il s’agit du Labour, cela sent donc plutôt bon pour une alliance avec le SNP et in fine, pour un nouveau référendum écossais.

Les élections se font par scrutin majoritaire à un tour : autrement dit, tout se jouera le 7 mai.

Mais attendez : le Royaume-Uni va sortir de l’Union Européenne ?

L’hypothèse d’un Brexit (pour “Britain exit” ou “British exit”), on en entend surtout parler depuis janvier 2013. David Cameron et ses éventuels alliés en cas de victoire organisaient un référendum sur ce sujet d’ici 2017. En d’autres termes, la parole des eurosceptiques de l’UKIP a fini par porter c’est une possibilité, mais on a encore le temps de voir venir.

La minute détente : les Britanniques se sont surtout intéressés ce mois-ci par le sexe du futur royal baby, deuxième enfant de William et Kate.

D’ailleurs, comment va la famille royale ?

Plutôt pas mal, même si une majorité de Britanniques, selon un récent sondage, préféreraient voir la couronne passer directement d’Elisabeth II à son petit-fils William (marié à Kate, bientôt deux enfants) plutôt qu’à son fils Charles (grandes oreilles). Et on attend toujours l’accouchement de Kate.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la situation politique au Royaume-Uni, cliquez ici 

#TTIP Le TTIP continue de mobiliser des milliers manifestants que personne n’écoute

TTIP john stewart gif

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Que s’est-il passé ?

Le 18 avril, des centaines de manifestations ont eu lieu dans le monde pour s’opposer aux traités de libre-échange.

En Europe et en particulier en Allemagne, elles visaient avant tout le traité transatlantique (TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), anciennement), qui fait l’objet de négociations largement secrètes entre les Etats-Unis et l’Union européenne depuis juin 2013.

Mais c’est quoi déjà, le TTIP ?

Comme je vous l’expliquais en novembre dernier, le TTIP instituerait une zone de libre-échange entre l’UE et les Etats-Unis (soit la plus vaste zone de libre-échange au monde) et quoi qu’en pensent ses opposants, il n’est pas question de ne pas le signer : seuls les termes de l’accord sont discutés.

Pourtant, c’est loin d’être un détail, puisque le TTIP supprimerait les barrières douanières entre Etats-Unis et UE et alignerait leurs réglementations respectives. Forcément, ça énerve.

Qu’est devenue la pétition contre le TTIP ?  

L’un des plus grands reproches adressé au TTIP est le manque de transparence des négociations…

Or comme je vous le disais en décembre, la Commission européenne a tout simplement rejeté la pétition contre le TTIP malgré un million de signatures, ce qui contribue à alimenter les craintes de ses opposants, surtout concernant un nivellement vers le bas des législations en matière sociale et environnementale. Par exemple, les Etats-Unis sont les plus grands cultivateurs d’organismes génétiquement modifiés (OGM) au monde, tandis que l’UE n’en autorise que 52 à ce jour, de quoi allègrement se taper dessus.

Donc si j’ai bien compris, personne ne nous écoute ?

C’est cela oui. Côté européen comme côté américain, les autorités estiment que révéler davantage les coulisses des négociations mettraient en péril leur bon déroulement, chacun étant alors amené à dévoiler à l’autre partie ses attentes, ses contraintes, ses exigences. L’enjeu étant de contrer des pays comme la Chine ou l’Inde, elles estiment que ces quelques entorses à la démocratie peuvent bien être faites.

Il reste que tout cela donne sacrément l’impression de sacrifier pas mal de valeurs démocratiques sur l’autel du libre-échange, et plus particulièrement de quelques entreprises et leurs actionnaires. Les négociations viennent d’ailleurs de reprendre, et vous aurez remarqué qu’on n’en entend pas beaucoup parler.

Si c’est avec des démarches pareilles qu’ils espèrent redonner confiance en l’Europe…

Si vous souhaitez en savoir plus sur le TTIP, cliquez ici 

C’est arrivé aussi en avril …

… Capsule en avait déjà parlé, voici la suite :

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Carte Cuba 2014 Capsule
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Carte Nigeria boko haram Capsule janvier 2015
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… on en reparlera sans doute prochainement :

  • BREVETER LE VIVANT – C’est fou mais c’est fait : l’Office Européen des Brevets (OEB) vient d’octroyer plusieurs brevets sur.. des légumes (brocolis et tomates). L’OEB (et les lobbys… ) a en effet joué sur une nuance juridique entre la plante, qui n’est toujours pas brevetable, et le “caractère” d’une plante, dont il accepte la brevetabilité. Concrètement, cela signifie que certaines personnes (des multinationales en pratique) pourront interdire à d’autres (des agriculteurs donc) de cultiver certaines semences, à moins d’accepter de leur payer une redevance. Je ne doute pas tellement qu’un recours en justice va bientôt venir sanctionner cette décision, mais tout de même. OH. HEIN. BON.

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  • PMA – Puisque l’adoption n’est pas ouverte aux couples homosexuels en France, il suffirait d’aller adopter (ou de se faire inséminer) à l’étranger puis de rentrer demander en justice de valider cette procédure : c’est la position qu’a retenue ce mois-ci la Cour d’appel de Versailles, en validant des fraudes à la loi française au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant pour 4 couples lesbiens.    On en pense ce qu’on veut (“bébé à la demande”, etc.) et il y aura sans doute un recours devant la Cour de cassation, mais ayons au moins enfin un véritable débat sur le sujet.

… en bref :

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  • GAZPROM – Comme Google, le groupe public gazier russe Gazprom  est accusé par la Commission européenne d’abus de position dominante dans huit pays membres de l’UE (surfacturations , interdictions d’exportations, etc.). Gazprom et le ministre russe des affaires étrangères y voient une nouvelle sanction relative au conflit ukrainien… ce qui de facto ne sera pas totalement faux : la Russie ne reconnaît pas la légitimité de la Commission, Gazprom ne paiera donc probablement pas l’amende qui lui sera infligée et  cette dernière se transformerait alors en nouvelle pénalité contre la Russie.
  • EGYPTE – L’ancien président égyptien Mohamed Morsi, destitué il y a deux ans, a été condamné à 20 ans de prison le 21 avril pour son implication dans l’arrestation et des tortures sur des manifestants en décembre 2012.

… et outre le buzz, on s’en fout :

  • LIBERLAND – Libérééée, délivréééeee… Pardon. Mais croyez-le ou non, un Etat sur un territoire de 7 km2 entre la Serbie et la Croatie a été créé le 13 avril et il s’appelle Liberland : impôts facultatifs,  démocratie directe… Si ça vous tente, le formulaire d’émigration est ici. 

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  • FN – Les disputes au Front National se poursuivent, comme d’hab’. Jean-Marie Le Pen a encore maintenu que les chambres à gaz étaient un détail de l’histoire, ce qui a conduit sa fille Marine Le Pen à annoncer son intention qu’il se retire de la vie politique. Depuis, Marion-Maréchal Le Pen a remplacé son grand-père en tête de liste pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA). Pendant ce temps, Marine Le Pen a appris qu’elle figure dans le classement annuel des personnalités les plus influentes du monde par le magazine Time. Oui, on s’en fout.
  • BRUCE JENNER – L’ex beau-père de la star de télé-réalité Kim Kardashian a fait un énorme buzz fin avril en confirmant les rumeurs avec le soutien de ses 5 enfants : oui, il est une femme  (mais il n’est pas gay).

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Vous pouvez ainsi voter pour le sujets qui vous intéressent le plus et proposer ceux que vous avez survolé et que vous aimeriez lire dans Capsule.  C’est par ici du 1er au 25 mai 

Numéro rédigé par Aurélie Daniel, pages « en savoir plus » par Antoine Veteau

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One Response

  1. Merci pour ces synthèses tout à fait claires!

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