Novembre 2014, on n’a pas tous été très sage

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Entre les caprices des Catalans qui organisent une consultation illégale pour démontrer qu’ils souhaitent vraiment quitter l’Espagne, le Gouvernement français qui continue son « faites ce que je dis pas ce que je fais » (prenons pour exemples la nouvelle carte des régions, la taxe sur les transactions financières ou le barrage de Sivens), les magouilles d’évasion fiscale au Luxembourg, les disputes aux Etats-Unis, et pire encore, au Nigeria et au Burkina Faso…  bref, je ne suis pas sûre qu’ils seront tous très gâtés à Noël.

Et vous pensiez vous en tirer ? Pas si vite, vous oubliez nos bêtises collectives concernant le climat, pour lequel nous sommes tous fautifs sans exception.

Enfin, calmons-nous. Il y a toujours de l’espoir,  preuve en est : les recherches pour lutter contre le SIDA ont fait d’énormes progrès.

Excellente fin d’année à tous !

Le récap’ du mois en 10 synthèses pour avoir les idées un peu plus claires, c’est parti :

Si vous avez survolé l’info au mois de novembre 2014

Lors d’une consultation symbolique (et illégale), les catalans se sont prononcés en faveur de l’indépendance de la Catalogne vis-à-vis de l’Espagne

Carte Espagne Catalogne novembre 2014

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Reprenons : la Catalogne est une communauté autonome d’Espagne représentant 20% du PIB national et qui avait obtenu le statut de “nationalité” d’Espagne, assez largement autonome, en 2006. Elle a perdu partiellement sa semi-autonomie en 2010, ce qui a donné lieu à de grandes manifestations. De la même manière que l’Ecosse, elle souhaite depuis permettre à sa population de se prononcer en faveur de son indépendance.

Début octobre, le Tribunal constitutionnel espagnol, à Madrid, jugeait inconstitutionnelle la tenue d’une référendum local. Le motif ? Ce type de question relève de l’ensemble de la population espagnole au nom de la souveraineté nationale (d’autres diront qu’on peut y opposer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’autodétermination, etc).

Qu’à cela ne tienne, Artur Mas, président du gouvernement régional catalan (la Generalitat), décidait alors de remplacer le référendum par une “consultation” de la population catalane.

Cette consultation a eu lieu le 9 novembre 2014. Le vote était avant tout symbolique puisqu’en raison du refus de Madrid, le bon déroulement de ce “processus participatif citoyen” n’était pas assuré par des instances gouvernementales (donc pas de liste électorale, etc.), mais par la Generalitat et le réseau de bénévoles qu’elle est parvenue à mobiliser.

Cependant, le résultat peut appuyer les négociations avec le gouvernement central compte-tenu du taux de participation relativement élevé compte-tenu des circonstances (plus de 2 millions de votes soit 26,5% des catalans en âge de voter). Plus de 80% de ces participants ont répondu oui aux deux questions  “voulez-vous que la Catalogne soit un État ?” et  “si oui, voulez-vous que cet État soit indépendant ?”.

Ragaillardi, Artur Mas vient d’annoncer son plan en 6 étapes afin d’achever le processus d’indépendance de la Catalogne d’ici fin 2016. Il a toutefois désormais un autre problème.

Depuis le 19 novembre, il est en effet poursuivi en justice par le parquet espagnol pour avoir organisé la consultation symbolique en dépit de l’interdiction du Tribunal constitutionnel. S’il est condamné pour « désobéissance civile, malversation, abus de pouvoir et usurpation de fonctions » (rien que ça), il risque une interdiction d’exercer des fonctions électives et une peine d’emprisonnement.

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La France métropolitaine a été redécoupée en 13 régions dont les pouvoirs sont renforcés : les deux grands niveaux d’intervention locale sont désormais les régions et les intercommunalités

Carte de France régions réforme novembre 2014 Capsule magazine

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Cela fait des mois qu’on en entend vaguement parler, en particulier depuis cet été, c’est désormais adopté : la France compte désormais 13 régions, contre 22 auparavant.

L’idée d’origine est de tenir compte du découpage territorial européen, autrement dit de permettre aux régions françaises d’avoir chacune un poids économique et démographique susceptible de rivaliser et coopérer avec les autres régions européennes (ou territoires assimilables). Quatre cartes différentes des nouvelles régions ont ainsi été présentées en 4 mois (vous avez dit “bricolage” ?).

Ce qui a surtout fait râler, ce sont de problématiques d’identité culturelle, de type “on ne mélange pas la choucroute avec les quiches” pour le rattachement entre Champagne-Ardenne, Alsace et Lorraine. La Bretagne et la Corse, elles, s’en tirent bien et restent intactes, tandis que Nord-Pas-de-Calais et Picardie, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, ou encore Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes sont respectivement rattachées pour former 3 grandes régions.

Au-delà du nouveau découpage qui ne satisfait pas tout le monde (voire personne), que prévoit concrètement cette énième réforme territoriale ? Le président François Hollande en janvier, suivi de son premier ministre Manuel Valls début avril, souhaitaient diviser par deux le nombre de régions à l’horizon 2017, supprimer les conseils départementaux (donc les départements) à l’horizon 2021, ainsi que mettre fin à la “clause de compétence générale”, qui permet à une collectivité d’intervenir dans un domaine de compétence donné dès lors que l’intérêt de son territoire peut être invoqué.

Finalement, cette clause de compétence générale est effectivement supprimée (après sa suppression en 2010 par la droite, elle venait d’être rétablie en janvier 2014  – éternel recommencement…) : cela signifie que chaque région, outre l’élargissement de ses compétences, les exerce désormais exclusivement, à moins de décider de les déléguer. Collèges, transports interurbains et scolaires, routes sont par exemple des compétences transférées par les départements aux régions ; celles-ci sont désormais aussi chefs de file en matière de développement économique (notamment formation et emploi), de tourisme, d’aménagement du territoire.

Pour préparer une éventuelle suppression des départements, les compétences des intercommunalités (communautés de communes, agglomérations, futures métropoles) sont également renforcées. Enfin, le calendrier électoral est modifié, et avec toutes ces nouvelles compétences, retenez que s’il y a une élection où il faudra désormais aller voter, ce sont bien les régionales.

Le nerf de la guerre, c’est que toutes ces modifications vont exiger rapidement d’adapter les ressources fiscales des régions à leurs nouveaux pouvoirs. Compte-tenu de l’état des finances françaises, on risque de bien rigoler sur ce sujet l’an prochain.

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La secte islamiste Boko Haram progresse au Nigeria, également confronté à une importante crise économique et politique

Carte Nigeria Capsule novembre 2014

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Ailleurs, ils se tapent encore plus dessus et il ne s’agit pas de savoir si on mélange les quiches et les choucroutes. Au Nigeria (à ne pas confondre avec le Niger – t’inquiète moi aussi je suis nulle en géo), première puissance économique d’Afrique mais aussi l’un de ses pays les plus corrompus, la crise est à la fois économique, politique et sécuritaire.

Au niveau économique, la chute des cours du pétrole dans le monde affecte fortement le pays, 70% des recettes de l’Etat provenant des ressources pétrolières. Fin novembre, la monnaie nationale, le Naira, a ainsi été dévaluée afin de tenter de la stabiliser face au dollar américain, ce qui fait déjà craindre une flambée des prix dans la mesure où beaucoup de biens de consommation sont importés.

Comme si cela ne suffisait pas, les scrutins législatif et présidentiel, prévus en février 2015, sont menacés par le niveau de corruption du gouvernement et le climat politique très violent. Le Parti Démocratique du Peuple (PDP) de l’actuel président Goodluck Jonathan (c’est vraiment son prénom), chrétien du sud, connaît lui-même une crise depuis que ce dernier a annoncé se présenter à sa propre succession, alors que la tradition exigerait qu’un musulman du nord lui succède. En prime, avec l’insurrection du groupe islamiste armé Boko Haram dans le nord-est du pays depuis le printemps 2014, les élections ne pourront même pas se tenir sur l’ensemble du territoire.

Boko Haram, parlons-en : l’armée nigériane est régulièrement accusée de fuir face à cette secte musulmane, et même de participer à la terreur des populations du nord-est du pays. Le hashtag #BringBackOurGirls n’aura pas suffi (sic), et les terroristes ont annoncé au début du mois que les 219 lycéennes qu’ils avaient enlevées six mois auparavant ne seraient pas libérées. Ils ont aussi démenti un prétendu accord de cessez-le-feu avec le gouvernement et poursuivent leur progression et leurs attentats-suicides tant au Nigéria qu’au Tchad et au Cameroun.

Suite à la prise de Damasak par Boko Haram, l’ONU a annoncé que 10 000 nouveaux réfugiés étaient arrivés dans l’est du Niger entre le 24 et le 26 novembre (portant le total à 115 000 réfugiés fuyant le Nigeria depuis 2013).

Finalement, c’est peut-être pas si mal, la quiche à la choucroute.

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Alors qu’il était président du Burkina Faso depuis 27 ans, Blaise Compaoré a démissionné et un régime de transition a été mis en place

Carte Burkina Faso Capsule novembre 2014

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Si vous êtes aussi nuls en géo que moi, Ouaga, c’est le petit surnom de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, en Afrique de l’ouest. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la ville a été à feux et à sang le 30 octobre dernier et les jours qui ont suivi.

Le gouvernement venait en effet de tenter de réformer la Constitution pour permettre au Président Blaise Compaoré de prolonger ses 27 années au pouvoir, et c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. De violentes manifestations se sont déclenchées et ont entraîné très rapidement la dissolution de l’Assemblée nationale et du gouvernement et la démission officielle du président. Le pouvoir a d’abord été confié au chef de l’état-major des armées, Honoré Tracré, proche de Compaoré. Nouvelles émeutes, et le pouvoir est revenu au lieutenant colonel Isaac Zida. En bref, ce mois-ci, la Constitution a été suspendue et remplacée par une “charte de transition” ; l’armée a pris le pouvoir mais la population a appelé à une transition “civile” plutôt que militaire, ce qui a rencontré un succès partiel avec la nomination du diplomate Michel Kafando comme président de la transition.

Pendant ce temps, Blaise Compaoré s’est exilé en Côte d’Ivoire puis au Maroc. Isaac Zida, désormais premier ministre de la transition, demande son extradition afin de pouvoir le poursuivre en justice. En effet, le petit détail marrant de l’histoire, c’est que Compaoré était lui-même arrivé au pouvoir grâce à un coup d’Etat en 1987.

Et après ? Beaucoup parient sur le fait que Zida, issu du régiment de sécurité présidentielle (RSP), aura l’ascendant sur Kafando, ce qui signifie une transition plus militaire que civile. Cela signifie aussi que les proches du président déchu ne sont pas vraiment éloignés du pouvoir, notamment l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré.

Mais dans le fond, qu’importe ? Des élections présidentielle et législative sont prévues pour novembre 2015, et rien à ce stade ne semble indiquer qu’elles ne se dérouleraient pas de manière démocratique, libre et transparente. Si la Guinée (en 2011) et le Mali (en 2013) y sont parvenus, pourquoi pas le Burkina Faso ?

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En attendant l’accord qui succédera au protocole de Kyoto, la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique est confirmée

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 C’est chaud. Et je ne parle plus du Nigeria ou du Burkina Faso mais de tout le monde et pas seulement les écolos, puisque le climat n’en a pas grand chose à carrer, des frontières et des affinités politiques.

Au début du mois, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rendait public son rapport. Les conclusions, on les connaît, ne faites pas comme si vous ne saviez pas : on doit réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% à 70% d’ici 2050 pour ne pas dépasser la barre des 2°C de hausse globale des températures à cette date. Dans le scénario le plus pessimiste, la hausse de température serait de 4,8°C en 2100 par rapport à la période 2005-2010, et la montée des océans d’environ un mètre.

Cette fois, la responsabilité des activités humaines est affirmée avec une certitude de 90% (contre 60% auparavant). D’ailleurs, si on ne réagit pas, les océans vont continuer de s’acidifier et bouleverser la chaîne alimentaire, à commencer par la productivité de la pêche. Ah, vous voyez que vous suivez quand on commence à parler bouffe.

L’Union Européenne a tenu ses engagements, découlant du protocole de Kyoto, en diminuant de 19% ses émissions de gaz à effet de serre en 2012 par rapport au niveau de 1990. Au niveau mondial, en revanche, elles ont augmenté de 34%.

Pour succéder au protocole de Kyoto, les négociations reprendront à Paris fin 2015 (à voir l’ambiance au sommet du G20 ce mois-ci, j’ai hâte). Espérons que cette fois, les Etats-Unis ratifieront l’accord, ce qu’ils n’ont jamais fait pour Kyoto.

Ceci dit, en parallèle, le président Obama et le Chinois Xi Jinping sont parvenus à s’entendre pour limiter leurs émissions respectives de CO2. Comme les deux pays pèsent ensemble 42 % du total des émissions mondiales, il y a quoi se réjouir, même si Obama est accusé par ses adversaires républicains de prendre des engagements irréalistes qui seront de toutes façons refourgués à son successeur, et si la Chine insiste pour bénéficier d’un traitement différencié par rapport aux pays développés.

Quoi qu’il en soit, on apprenait aussi au milieu du mois que la pollution à Paris est aussi nocive que le tabagisme passif. Ouais ouais, c’est chaud.

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Malgré son échec aux midterms et un Congrès devenu majoritairement républicain, Barack Obama souhaite réformer l’immigration aux Etats-Unis

Carte des Etats-Unis 2014 élections de mi mandat novembre

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L’évolution du climat est loin d’être la priorité de la politique américaine, en particulier côté républicain, et ça ne risque pas de s’arranger puisque ceux-ci viennent de remporter les élections de mi-mandat américaines (“midterms”). Quoi qu’est-ce, me direz-vous ?

Plus de 240 millions d’Américains ont eu à voter le 4 novembre 2014 pour renouveler un tiers du Sénat, soit 36 sièges, ainsi que la totalité de la Chambre des Représentants. Accessoirement (et c’est très intelligent, quitte à se déplacer pour voter), un certain nombre de référendums locaux étaient organisés le même jour, ce qu’on appelle les “ballot initiatives”, spécifiques à chaque Etat, par exemple sur l’avortement (Colorado, Dakota du Nord et Tennessee), la légalisation du cannabis (Alaska, Oregon et Washington) ou les armes à feu (Washington).

Outre les ballot initiatives, l’enjeu des élections de mi-mandat était la marge de manoeuvre de Barack Obama pour la fin de son mandat. Le hic, c’est que la Chambre des Représentants est restée majoritairement républicaine et que le Sénat, auparavant majoritairement démocrate (parti d’Obama), est également devenu majoritairement républicain.

Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, le pouvoir est séparé entre le Président (exécutif) et le Congrès (législatif), constitué de la Chambre des Représentants et du Sénat. Le Président peut toutefois s’adresser au Congrès pour faire part des politiques qu’il souhaite mener, ce qui en pratique peut aboutir à ce qu’un parlementaire reprenne cette initiative : logiquement, la proposition de loi sera alors d’autant plus facilement adoptée que le Congrès est majoritairement du même parti que le Président. Inversement, le Président dispose d’un droit de veto lui permettant de s’opposer à une loi votée par le Congrès, ce qui est particulièrement utile si le celui-ci est majoritairement du parti opposé au Président (ce qui est désormais le cas).

Si la majorité au Congrès est donc désormais opposée à Barack Obama, qu’à cela ne tienne, celui-ci a tout de même annoncé dès le 20 novembre un vaste plan visant à régulariser environ 50% des clandestins aux Etats-Unis. Sans majorité au Congrès, outre son droit de veto, il pourra utiliser son pouvoir réglementaire (les “executive orders”) pour sa réforme sur l’immigration, en se fondant sur les lois existantes, par exemple en décidant d’accorder des permis de travail aux personnes vivent depuis 5 ans au moins sur le territoire. Les Républicains, pour contre-attaquer, pourront par exemple exercer un recours devant la Cour suprême pour annuler le décret, ou réduire le budget des administrations liées à l’immigration lors de l’adoption de lois de finances. Il reste qu’Obama les invite pour le moment à adopter une loi sur le sujet plutôt que de faire leur mauvaise tête.

A ce jour, les priorités des Républicains (pour bien dire “f** off”) sont l’approbation de l’extension de l’oléoduc Keystone XL (enjeux environnements et climatiques, tiens, on y revient) ou le retour sur certaines dispositions de “l’Obamacare” (réforme du système de santé). Les campagnes électorales ne s’arrêtant jamais vraiment, c’est aussi les présidentielles de 2016 qui sont déjà visées, parce qu’on ne se lasse pas, semble-t-il.

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« La finance c’est l’ennemi » qu’ils disaient, « pas d’augmentation impôts » qu’ils disaient… entre taxe sur les transactions financières et taxe d’habitation, cause toujours

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Ce n’est pas la première fois, mais alors ce mois-ci, vraiment, je cherche la logique de notre Gouvernement prétendument socialiste : d’une part, parce qu’il annonce tout aussi régulièrement ne pas vouloir augmenter les impôts qu’il en imagine de nouveaux, d’autre part parce qu’il me semblait que ce parti était supposé avoir la finance et les privatisations comme ennemis jurés crachés. Voyons voir.

D’abord, il y a cette histoire de taxe sur les transactions financières (TTF), projet européen que Michel Sapin, ministre français des Finances, souhaite appliquer a minima. Concrètement, cette TTF, applicable aux produits dérivés (transactions les plus spéculatives, pas réellement les grandes amies de la gauche, a priori), permettrait des recettes fiscales massives de 10 à 24 milliards d’euros (!) tout en régulant la finance. En effet, le secteur financier est jusqu’à présent largement sous-imposé et la TTF n’affecterait en réalité que les activités de spéculation intense. Au lieu de cela, Michel Sapin propose de taxer seulement les actions afin de ne pas se mettre à dos des banques françaises telles que BNP Paribas et la Société Générale, premières concernées par une taxe sur les transactions spéculatives.

Parallèlement, Bruno Le Roux, à l’Assemblée nationale, propose de supprimer la taxe sur les billets d’avion, ce qui est super malin avec la problématique des émissions de gaz à effet de serre. Mais ça fera plaisir à Air France. Et ce n’est pas comme si on était en déficit (oh wait).

Pour sembler de gauche, c’est tellement plus vendeur de parler d’ISF, n’est-ce pas…

La meilleure du mois, c’est qu’il faut tout de même trouver des sous : pourquoi ne pas aller piocher du côté des résidences secondaires, puisqu’on est à court d’idée ? Bingo, la taxe d’habitation des propriétaires de résidences secondaires devrait augmenter de 20% l’an prochain, et tant pis si vous avez économisé une bonne partie de votre vie pour l’avoir et l’entretenir, méchant propriétaire. Les impôts locaux vont de toutes façons exploser, baisses des dotations de l’Etat aux collectivités locales obligent (sympa ta réforme territoriale sinon, non ?).

Allons-y gaiement, c’est aussi la grande braderie du côté de l’Etat. Pour se désendetter, il se met sérieusement à vendre ses parts dans les entreprises dont il est actionnaire, à commencer par Safran et GDF Suez. Il souhaite même carrément procéder à la privatisation du quatrième aéroport de province, celui de Toulouse-Blagnac (c’est en cours ce mois-ci).

Comme on n’est plus à un paradoxe près, on peut parfaitement imaginer que si les entreprises dont l’Etat s’est retiré au profit du privé réalisent dans quelques années de beaux bénéfices, il se mettent à lourdement les taxer parce que l’argent, c’est mal. C’est significativement ce qu’il se passe actuellement avec les autoroutes : on oublie facilement qu’à l’origine, l’Etat a délégué la construction, l’entretien et l’exploitation des autoroutes plutôt que s’en charger lui-même. Depuis des années, à mesure que les sociétés concernées deviennent rentables, l’Etat vend les parts qu’il y détient… et il leur reproche maintenant de réaliser trop de bénéfices (en les appelant “rente”, parce que “rente” ça fait vilain et ça passe mieux pour taper dessus en public). C’est vrai quoi, le bonheur d’avoir contribué efficacement à l’intérêt général aurait du largement suffire aux sociétés concernées, non ? Pourquoi voudraient-elles que leurs investissements et leurs efforts restent récompensés par des péages, donc par des sous, ce qui était prévu dès l’origine ?

On fait vraiment n’importe quoi quand on est désespéré.

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Le Luxembourg s’avère être une excellente plaque tournante de l’évasion fiscale et cela fait scandale alors que chaque pays européen a ses atouts en la matière

Carte Luxembourg France Belgique Allemagne Capsule novembre 2014

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Souvenez-vous : Jean-Claude Juncker, luxembourgeois, est désormais président de la Commission européenne. Jusque-là, tout va presque bien.

Le souci, c’est que le Consortium international des journalistes d’investigation (l’ICIJ – oui ça existe) a révélé le 6 novembre que le Luxembourg est la plaque tournante de l’évasion fiscale en Europe et qu’il aurait ainsi aidé plus de 340 multinationales (dont Apple, Amazon et Ikea) à “optimiser” leurs impôts.

Concrètement, il suffit d’y créer une filiale, d’y demander à quel taux seraient taxés les profits réalisés dans d’autres pays une fois rapatriés sur le territoire luxembourgeois, de demander à un spécialiste de réaliser le montage, et enfin de faire approuver le tout par l’administration locale. Si celle-ci donne son feu vert, l’accord devient secret, ce qu’on appelle un “tax ruling”, ni vu ni connu. Et c’est parfaitement légal, tout est une histoire de failles juridiques.

Le premier souci, c’est que le susnommé Juncker est l’ancien Premier ministre du Luxembourg, et que la Commission européenne qu’il préside aujourd’hui est chargée d’enquêter sur l’évasion fiscale. Cela fait un peu désordre. L’idée serait ainsi, au moins, d’obliger les différents pays à s’informer entre eux des tax rulings.

Le second souci est surtout que même si coût de l’évasion fiscale est tout de même de 60 à 80 milliards d’euros pour la France chaque année, elle ne fait pas beaucoup mieux. L’enjeu de permettre des montages fiscaux inventifs est tout de même d’attirer investisseurs et entreprises, alors pourquoi s’en priver ? Ce n’est pas pour rien que Xavier Niel, dirigeant de Free, qualifie la France de paradis fiscal. Il en va de même pour la Belgique, où le taux d’impôt sur les sociétés est de 9,8%, ou encore du grand champion, le Royaume-Uni, qui abrite les célèbres îles Caïmans. Et ce n’est pas tout : par exemple, plus d’un tiers des filiales à l’étranger des cinq plus grandes banques françaises se trouvent non seulement au Luxembourg et en Belgique, mais aussi aux Pays-Bas, en Irlande ou en Suisse.

Alors, certes, plus de 50 pays (dont le Luxembourg, et même les îles Caïman) viennent de signer un accord d’échange automatique d’informations fiscales d’ici 2017-2018, sous l’égide de l’OCDE. Mais chaque signataire aura le choix de décider avec quels autres pays il échange tel ou tel type d’informations (au nom du secret bancaire, c’est cela oui).

La fin des paradis fiscaux, ce n’est pas pour demain, et c’est pas joli joli de se trouver un bouc-émissaire plus petit que soi, hein…

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Les manifestations contre le projet de barrage de Sivens (Tarn) tournent aux manifestations contre les violences policières et la Commission européenne s’en mêle

Carte de France 2014 Capsule journal sivens

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“Barrage de Sivens”, l’exemple-type de l’actu dont on aura tous entendu parler ce mois-ci – en la survolant allègrement pour la plupart d’entre nous.

Lisle-sur-Tarn est une commune du sud de la France dans laquelle un projet de barrage à 8, 5 millions d’euros permettrait de stocker artificiellement 1,5 million de mètres cubes d’eau afin d’alimenter des agriculteurs en aval et de soutenir le débit du Tescou (rivière affluente du Tarn) en été. Depuis le début des travaux de déboisement en septembre, plusieurs semaines de manifestations y ont lieu en vue de dénoncer ce projet jugé surdimensionné, bénéficiant à 19 exploitations agricoles pratiquant une agriculture intensive (contre les 81 alléguées par la Chambre de l’agriculture) et dommageables à 13 hectares de zones humides, vouées à disparaître. A l’opposé, le conseil général soutient que malgré les recours exercés contre le projet, la justice a autorisé le démarrage des travaux, qui ont par ailleurs été approuvés par les élus locaux. Il ajoute que même si l’enquête publique a reçu une majorité d’avis défavorables, le barrage permettra que les agriculteurs utilisant les ressources d’eau payent au lieu de pomper sans s’acquitter des volumes consommés. Un peu faible niveau argumentation, mais bon.

Entre 150 et 200 gendarmes assurent ainsi la sécurité de la zone depuis le 1er septembre. Le 25 octobre, toutefois, des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ont dégénéré. Un militant, Rémi Fraisse, a été tué par l’explosion d’un projectile, a priori une grenade offensive (sensée disperser les émeutes par un effet de souffle et un bruit assourdissant). Dans l’attente des résultats de l’enquête sur ce décès et même si ces explosifs auraient pu être utilisés par des manifestants, le ministre de l’Intérieur a immédiatement suspendu l’utilisation de ces grenades pour le maintien de l’ordre ; entre temps, le fait qu’elle soit provenue des gendarmes a été confirmé. Les travaux ont aussi été suspendus, mais les manifestations se poursuivent, cette fois “contre les violences policières”.

Si encore le barrage de Sivens était le seul projet contesté en France par les écologistes, mais non : centrale nucléaire de Flamanville, aéroport de Notre-Dame-des-Landes, etc. Détendons-nous toutefois, puisque le dernier décès dans des circonstances comparables remontait à 1986.

Et après ? Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, a critiqué la pertinence du projet de Sivens et prône un compromis, à savoir un projet redimensionné. De son côté, la Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction contre la France pour non-respect de la directive européenne sur l’eau, qui impose “une gestion durable de l’eau durable à long terme”. La France a deux mois pour répondre à cette mise en demeure.

Il suffit cependant de lire le résumé du rapport d’expertise remis au Premier ministre au moins d’octobre pour mesurer le fiasco : “Le choix d’un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles. (…) L’estimation des besoins a été établie sur des données anciennes et forfaitaires. (…) Le contenu de l’étude d’impact est considéré comme très moyen, au-delà de la stricte question des solutions alternatives. (…)”.

Oops.

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La recherche dans la lutte contre le SIDA a récemment fait des progrès remarquables

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Le virus du SIDA ou VIH (virus de l’immunodéficience humaine) a été isolé en 1983 par le Français Luc Montagnier (depuis prix Nobel de médecine), avec François Barré-Sinoussi. Aujourd’hui, 35 millions de personnes dans le monde vivent avec le VIH. Au-delà de la prévention, le virus se transmettant par contacts sexuels et par le sang (transfusions, notamment), l’objectif jusqu’à présent était l’accès à la trithérapie, association de trois médicaments comme son nom l’indique. Or le virus y résiste et le traitement permet seulement de vivre avec en bloquant sa prolifération, raison pour laquelle la recherche se concentre également sur un vaccin.

Or ces derniers temps, tout semble s’être accéléré.

D’abord, le professeur Jean-Michel Molina, chef du service de maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis de Paris, a démontré fin octobre que la prise préventive d’une molécule anti-VIH, le Truvada, par des personnes à haut risques, était efficace à 80 %.

Quelques jours après, deux autres équipes de chercheurs français (Créteil, Aix-Marseille et Marseille) ont démontré que l’homme serait capable de guérir du SIDA grâce à ses propres gênes, en intégrant les retrovirus à son ADN et en les détériorant. En d’autres termes, une enzyme spécifique, Apobec, aiderait le corps humain à lutter contre les virus, dont le SIDA si ce dernier ne l’a pas désactivée. Il suffirait ainsi de “stimuler” cette enzyme pour permettre l’intégration du VIH et la guérison spontanée des patients. Pour la petite anecdote, cette découverte majeure résulte en grande partie de l’observation de koalas chez qui ce phénomène “d’endogénisation” s’est produit, permettant aussi de transférer son immunité à sa descendance.

Surtout, la start-up Biosantech a développé un vaccin qui, contrairement aux plus de 600 déjà imaginés, a dépassé la phase I d’expérimentation. Ce vaccin vise une protéine connue des chercheurs, la protéine Tat, qui permet en principe la multiplication du virus, et agit comme un “anti-Tat” afin que le corps élimine les cellules contaminées. Après des résultats concluants sur des macaques contaminés par le VIH, résultats confirmés par l’Université de Harvard, le vaccin a été testé sur une cinquantaine de personnes en 2013 afin d’évaluer son absence de toxicité, toujours avec de bons résultats.  Il reste à tester l’absence d’effets secondaires et confirmer l’efficacité du traitement (oui, il ne s’agit pas là simplement de prévention, si ce n’est pas génial) à moyenne et grande échelles selon les normes Onusida.

Toujours se battre jusqu’à la dernière seconde : je ne sais pas vous, mais ça me réjouit vraiment, toutes ces bonnes nouvelles.

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C’est arrivé aussi en novembre, mais …

… il faut bien faire un choix :

  • MEXIQUE – Fin septembre, 43 étudiants mexicains de l’école normale d’Ayotzinapa (connue pour être un foyer de contestation politique) disparaissaient mystérieusement à Iguala. Ces étudiants auraient été tués et brûlés, selon les aveux progressivement rendus publics. Mais si plusieurs fosses contenant des restes humains ont été découvertes, ceux des disparus n’ont pas encore été retrouvés et l’identification sera quoi qu’il en soit très difficile. Suite à ces évènements, depuis quelques semaines, de nombreux Mexicains manifestent contre la corruption et l’impuissance de l’Etat.
  • INDE – L’Inde a désormais un ministre du yoga (chargé plus précisément de la promotion des médecines et pratiques traditionnelles, telles que l’ayurvéda, le yoga, l’unani, le siddha et l’homéopathie), Shripad Yesso Naik, ce qui est chouette. Ce qui est moins chouette, c’est que l’Inde mène aussi un programme visant à réduire la croissance de la population, consistant plus précisément à indemniser 20 euros toute femme acceptant de se faire stériliser (4,6 millions de femmes concernées depuis 2012). Inspirez, expirez.

… Capsule en a déjà parlé :

… il vaut peut-être mieux en parler ultérieurement :

  • MISTRAL – Pour la faire courte, la Russie avait commandé en 2011 deux Mistral (porte-hélicoptères, gros navires) à la France, qui conditionne désormais leur livraison à un respect intégral du plan de paix en Ukraine. Sauf que sans livraison, pas de sous, remboursement, pénalités, toussa. En attendant, François Hollande décide de ne pas décider. J’aime.
  • IRAN – Les négociations entre Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Allemagne et Iran (“groupe 5+1”) sur le nucléaire iranien ont encore échoué, tout ce petit monde se donne 7 mois supplémentaires (délai au 30 juin 2015) pour trouver un accord. En gros, le principal concerné vante l’intérêt du nucléaire pour la production d’électricité, les autres estiment qu’on ne la leur fait pas et que le nucléaire peut AUSSI permettre la production d’armes atomiques. Pour en savoir plus, jetez un oeil ici.

… et outre le buzz, on s’en fout :

  • NABILLA – Je ne sais pas comment vous avez pu y échapper si vous y avez échappé, mais Nabilla, la seule, l’unique, allo quoi, est en détention depuis plusieurs semaines, soupçonnée d’avoir tenté de tuer son compagnon Thomas  en le  poignardant.
  • JOUYET – FILLON – Mais qu’est-ce qu’on s’en fout… Le secrétaire général de l’Elysée Jean-Pierre Jouyet aurait été sollicité par François Fillon pour accélérer les procédures judiciaires en cours contre Nicolas Sarkozy. Jouyet nie puis confirme, Fillon porte plainte pour diffamation, et on s’en fout toujours.

A vous de jouer !

Les sujets de Capsule sont sélectionnés via l’outil collaboratif Tricider et vous pouvez y participer en proposant des sujets, des liens, des commentaires... C’est par ici du 1er au 25 décembre (et Joyeux Noël !) :

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