Janvier 2015, si vous avez survolé, c’était peut-être pas plus mal

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Presqu’un mois après les attentats de Paris, la tendance est toujours au « je suis (nommez une catastrophe dont vous vous indignez et vous sentez solidaires) » / « je ne suis pas (nommez un méchant) ».

En vrac, nous pouvions ainsi voir apparaître ces dernières semaines des « je ne suis pas Pegida« , « je ne suis pas Boko Haram »,  « je suis Grec(que) », « je suis / ne suis pas la BCE » , « je suis Yéménite », « je suis Saoudien(ne)« , »je suis Libanais(e) », « je suis Argentin(e)« , « je suis  médecin » (je suis pédiaaatre – pardon)… je suis fatigué(e).

Finalement, ce mois-ci, que pouvait-on faire de mieux pour réduire la peur du terrorisme et autres cinglés que fermer ses newsfeeds et éteindre sa télé ?

Mais allez, détendez-vous, je vous fais tout de même le récapitulatif.

Si vous avez survolé l’info au mois de janvier 2015

La France a passé plusieurs jours sous le choc d’un massacre chez « Charlie Hebdo », du meurtre d’une policière à Montrouge et d’une prise d’otages sanglante dans une supérette casher

Je suis Charlie Capsule banderole

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Le 7 janvier dernier, 12 personnes étaient exécutées par les frères Saïd et Chérif Kouachi dans les locaux du journal satirique « Charlie Hebdo », dont les caricaturistes avaient fait l’objet de menaces de mort à plusieurs reprises. Le 9 janvier, après le meurtre d’une policière à Montrouge, Amedy Coulibaly tuait également 4 autres personnes prises en otages dans une supérette casher à Paris, Porte de Vincennes. La traque des frères Kouachi s’est achevée le même jour dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële, lorsque le RAID et le GIGN, unités d’élites, ont lancé un assaut simultané contre ceux-ci et Coulibaly et les ont tous trois abattus. Les frères Kouachi se sont revendiqués d’Al-Qaïda au Yemen (AQPA) tandis que Coulibaly affirmait avoir agi au nom de l’organisation Etat islamique (ce qui reste interpellant pour une action prétendument coordonnée, les deux organisations étant concurrentes). 

Au-delà des lieux, siège d’un journal ou supermarché, du nombre de morts et de leurs noms, je n’arrête pas de me demander, depuis que c’est arrivé et au-delà du choc, ce que cela raconte. Nous savons depuis des mois que la menace terroriste pèse sur la France et que plusieurs attentats ont été déjoués l’an dernier. La dernière législation anti-terroriste française a d’ailleurs été adoptée début novembre 2014.

Certainement comme vous, j’ai lu ces dernières semaines tout un tas de théories sur l’attaque de Charlie Hebdo et la prise d’otages Porte de Vincennes. Les « analyses » ne manquent pas non plus. A qui soutiendra que les organisations terroristes ont évolué pour passer d’un modèle vertical à horizontal dont ces attaques seraient symptomatiques, à qui soutiendra précisément l’inverse. A qui estimera, en vrac, que Marine Le Pen, Edwy Plenel, en bref de votre pote Facebook à François Hollande, dépassent déjà les bornes en « récupérant » les évènements pour se mettre en lumière, à qui considérera que chacun reste au contraire bien à sa place au nom de l’unité et que c’est très bien comme ça. A qui comparera ou non l’évènement au 11 septembre 2001. A qui se sentira le plus menacé selon qu’il est journaliste, juif, musulman, flic, autre ; à qui déclamera qu’il « est », « est plus ou moins » ou « n’est pas » Charlie ; devrait, ne devrait pas, aurait du se déclarer « Charlie » ; est allé ou n’est pas allé marcher dans les rues de sa ville les 10 et 11 janvier (plus de 5 millions de personnes sur le week-end, 44 chefs d’Etat et de gouvernement à Paris). A qui défilait ou non pour de bonnes ou de mauvaises raisons à ces dates. A qui aura dessiné ou partagé le meilleur (ou le pire) dessin ou article ou la meilleure (ou la pire) photo hommage (et il y avait là paradoxalement bien peu de place pour le politiquement incorrect et l’humour noir). A qui considère que les terroristes n’auraient pas pu mieux réussir à nous unir, ou à l’inverse, n’auraient pas pu mieux réussir à nous diviser.

Après toutes ces émotions, il y a eu encore pas mal de pétages de plombs : le numéro de Charlie Hebdo paru la semaine suivante a été tiré à 7 millions d’exemplaires et s’est arraché en kiosques, provoquant la colère de manifestants musulmans un peu partout dans le monde en raison de la couverture, une caricature de Mahomet ; quelques personnes en France ont quant à elles été condamnées pour apologie du terrorisme pour quelques mots malheureux (excellente d’idée, de les envoyer en stage accéléré en prison, vraiment brillant) ; la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem a proposé l’instauration d’une journée de la laïcité (?!) et certains politiques ont appelé à un « patriot act » à la française alors qu’un tel texte a déjà été adopté en… 2013.

Le Premier ministre Manuel Valls a finalement eu la sagesse de ne pas proposer de nouvelle loi anti-terroriste (ce qui aurait été un peu gros moins de deux mois après l’adoption de la dernière) tout en annonçant de nouveaux crédits (425 millions d’euros supplémentaires). Et à la décharge de notre ministre de l’Education, sa volonté de renforcer l’éducation aux médias et à l’information ne me semble vraiment, mais alors vraiment pas une mauvaise idée.

Que retenir de tout cela ? Bien sûr, le pire aurait été un silence assourdissant. Il reste que tant pour le massacre chez Charlie Hebdo que pour le meurtre de Montrouge et la prise d’otages Porte de Vincennes, la thèse des « bons gros enculés »  reste ma préférée.

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Au Yemen, les rebelles houtistes ont repris le pouvoir et la branche yéménite d’Al-Qaida ne devrait pas s’en plaindre

Carte Yemen 2015
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Comme je le disais plus haut, les frères Kouachi, responsables de l’attaque de Charlie Hebdo, auraient agi au nom de la branche yéménite d’Al-Qaida (AQPA, dite aussi « Ansar Al-Charia »). Or le Yemen se trouve de nouveau dans une situation politique extrêmement tendue, en particulier depuis le 20 janvier. Le palais présidentiel et plusieurs bâtiments gouvernementaux à Sanaa ont en effet été pris d’assaut par des miliciens chiites houthis (du nom de leur leader Abdul-Malik al-Houthi). Ceux-ci étaient opposés à un projet de Constitution faisant du Yemen un Etat fédéral à six provinces, les privant d’un accès à la mer.

Pour un brin de contexte, après l’unification entre nord et sud du Yemen en 1990 et surtout depuis 2004, s’opposent principalement au Yemen :

  • d’un côté, les houthistes, groupe de rebelles armés se revendiquant du zaydisme (branche de l’islam chiite yéménite), représentant environ un tiers de la population du Yemen et s’estimant mis à l’écart par le pouvoir central. Depuis septembre dernier, ils sont soutenus dans leur rébellion par les partisans de l’ancien président Ali Abdallah Saleh (renversé en 2012 suite à un long mouvement révolutionnaire pro-démocratie et anti-corruption) et auraient des liens avec le Hezbollah au nom d’une « solidarité interchiite » ;
  • de l’autre, les sunnites, majoritaires au sein de la population yéménite, soutenus notamment par les Etats-Unis qui en ont fait des alliés dans leur lutte contre Al-Qaida. Le président successeur de Saleh, Abed Rabdo Mansour Hadi, avait d’ailleurs notamment comme priorité de réduire l’influence d’AQPA au Yemen – avec trop peu de fermeté selon les houthis.

Après l’assaut du 20 janvier et l’enlèvement du Premier ministre, les insurgés houthis ont exigé que l’un de leurs membres soit nommé vice-président. Le gouvernement et le président Hadi, considérant le pays dans une impasse, n’ont pas tardé à présenter leur démission, ce qui a donné lieu à des manifestations anti-houthis à Sanaa le 24 janvier. A ce stade, certains estiment que le pays va continuer à se disloquer, comme la Somalie avant lui, menant à une guerre civile entre chiites et sunnites. Les Etats-Unis, considérés comme des ennemis par les houthistes, ont annoncé soutenir une transition politique pacifique (tu m’étonnes).

Pendant ce temps, les djihadistes sunnites d’AQPA profitent tranquillement du chaos politique pour poursuivre leur implantation déjà importante dans le pays. Réjouissant, n’est-ce pas ?

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Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite est décédé, son frère Salmane Ben Abdel Aziz lui succède et cela ne devrait pas changer grand chose

Carte Arabie Saoudite et pays alentours
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Alors qu’au début du mois l’Arabie Saoudite faisait surtout parler d’elle en raison d’un appel à la libération d’un blogueur saoudien condamné à 1000 coups de fouet pour « insultes à l’islam », l’affaire a été éclipsée à partir du 22 janvier par le décès de son roi Abdallah ben Abdelaziz Al-Saoud. Vous me direz, on est tous plus sympathique quand on n’est plus de ce monde. Or outre sa grande influence au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et son opposition récente à limiter la production de pétrole malgré la baisse des prix, l’Arabie Saoudite est aussi célèbre pour son irrespect des droits de l’Homme et son application stricte de la charia (sorte de « code de conduite » de l’islam). Malgré cela, en Occident, les hommages n’ont pas manqué, Barack Obama absent à la marche républicaine en France le 11 janvier s’est même rendu aux funérailles.

En réalité, la plupart des observateurs ne sont pas inquiets pour la succession, même si l’influence de l’ancien roi Abdallah sera difficile à égaler : il est à l’origine du quatrième Etat saoudien (2006, les précédents datant respectivement de 1744, 1824 et 1902), a permis de rééquilibrer le pouvoir au sein de la famille royale et a donné le droit de vote aux femmes aux élections municipales (seules élections du pays). Décédé d’une pneumonie à 90 ans, le roi a été remplacé par son demi-frère Salmane Ben Abdel Aziz (79 ans), dont les priorités seront toutes autres que des questions de libertés fondamentales.

Les défis ne sont pas minces, notamment :

  • la poursuite des réformes et de la transition vers moins de traditions et plus de participation politique de la population saoudienne, même si tout changement prend (beaucoup) du temps dans ce pays ;
  • la baisse du prix du pétrole, dont dépendent largement les ressources publiques et qui mettra peut-être en péril le système social saoudien ainsi que son armée ;
  • la crise au Yemen, pays voisin ;
  • la progression de l’Etat islamique notamment en Irak et en Syrie ;
  • et surtout la montée en puissance de l’Iran, rival régional qui joue précisément sur une opposition aux gouvernements centraux pour semer la zizanie.

L’ensemble se déroulera dans un climat probablement de plus en plus chaleureux entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, cette dernière étant encore leur meilleur allié arabe et le meilleur gage de stabilité dans la région. Au jeu « sécurité versus libertés », quelque chose me dit qu’on n’est pas prêt de voir davantage de droits de l’homme respectés dans le coin.

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Au Liban, les tensions se sont ravivées  entre sunnites et alaouites et entre le Hezbollah et Israël

Carte du Liban Capsule janvier février 2015

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Après le Yemen et l’Arabie Saoudite, finissons la promenade au Moyen-Orient avec des nouvelles du Liban et commençons par un peu de contexte. Vous le voyez sur la carte ci-dessus, le Liban est frontalier avec la Syrie d’une part, Israël d’autre part. Il est par ailleurs composé de plusieurs communautés religieuses, la répartition du pouvoir étant proportionnelle au poids de chacune de ces communautés : c’est une république parlementaire confessionnelle. Les trois communautés majoritaires sont les sunnites, les chiites et les manorites (ces derniers détiennent le commandement de l’armée).

Or le pays est confronté depuis plusieurs années à des tensions violentes entre d’une part les sunnites, partisans de la rébellion syrienne, et d’autre part les alaouites, soutenant le régime du dirigeant syrien Bachar Al-Assad (qui est issu de cette minorité ethnique). Depuis octobre dernier, l’armée libanaise s’est déployée à Tripoli (au nord du Liban, à ne pas confondre avec Tripoli capitale de la Libye) pour tenter d’apaiser les violences qui s’y déroulent entre ces deux communautés : le 10 janvier dernier, un attentat-suicide faisait toutefois 7 morts et 36 blessés à Tripoli  dans un quartier à majorité alaouite.

Comme si cela ne suffisait pas, les tensions sont aussi vives entre Israël et le Hezbollah, mouvement armé qui représente une population minoritaire au Liban de musulmans chiites (une des raisons pour lesquelles on leur compare les houtistes du Yemen), concentrée au sud du pays. Le Hezbollah est antisioniste, ce qui signifie qu’il rejette l’existence d’un Etat d’Israël, et il entretient de bonnes relations avec l’Iran et le Hamas (mouvement actif à Gaza et prônant la création d’un Etat palestinien islamique) qui partagent cette position et participent à son financement. Il est également engagé en Syrie où il soutient, comme les alaouites, l’armée du régime de Bachar Al-Assad contre les opposants à ce régime.

Le 18 janvier, sur le plateau de Golan (province de Qouneitra, en Syrie, dont une partie est occupée par Israël), un raid attribué aux israéliens tuait un soldat iranien et six hauts responsables du Hezbollah. Tout le monde s’attendait à ce que ce mouvement chiite libanais riposte, en particulier après qu’il ait déclaré disposer de missiles pouvant atteindre tout le territoire d’Israël et être prêt à envahir la Galilée (nord d’Israël). Et le 28 janvier, une attaque du Hezbollah tuait ainsi deux soldats israéliens et un casque bleu à la frontière sud du Liban, provoquant des bombardements de représailles par Israël.

Cette escalade est la plus grave depuis l’été 2006. A ce jour et deux mois avant les prochaines élections législatives israéliennes, personne ne sait si elle va mener à une guerre entre Israël et le Liban. Mais personne n’est vraiment pressé de savoir non plus …

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Et pour mémoire :

Carte Israël 1947 à nos jours 2015
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Le mouvement d’origine allemande Pegida, contre « l’islamisation de l’Occident », s’étend en Europe

Carte Allemagne en Europe Capsule journal mensuel
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Pegida, c’est le doux nom d’un mouvement né en octobre 2014 et mené en Allemagne par Lutz Bachmann. Il s’agit de l’acronyme de « Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes », signifiant « Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident« , et le mouvement serait probablement largement passé inaperçu chez nous sans les attaques à Paris au début du mois – on pouvait d’ailleurs voir des pancartes « Je suis Charlie » lors d’une marche Pegida le 12 janvier dernier.

Ce mouvement qui prône la « préservation de l’identité allemande » se réunissait à l’origine tous les lundis à Dresde (ex-RDA communiste, à l’est de l’Allemagne) lors de manifestations, notamment, contre « l’islamisation de l’Occident » et la politique d’immigration du Gouvernement (en particulier les droits d’asiles accordés aux musulmans). Plusieurs milliers de personnes ont rejoint ces marches en quelques semaines, en réaction desquelles un mouvement anti-Pegida a aussi vu le jour : par exemple, le 12 janvier, 25 000 personnes défilaient pour Pegida à Dresde, tandis que plus de 100 000 défilaient dans le reste du pays contre l’islamophobie.

Sous la menace d’un attentat, la marche Pegida du 19 janvier était annulée, et après la parution dans la presse d’une photo de lui grimé en Adolf Hitler, Lutz Bachmann annonçait le 21 janvier qu’il quittait la direction du mouvement Pegida.

Qu’à cela ne tienne, le mouvement continue de s’étendre en Allemagne et en Europe, notamment en Autriche, en Suisse, en Scandinavie, en Espagne et en France (où il est porté par l’idéologue d’extrême-droite Renaud Camus). Si en Allemagne, les manifestants Pegida interrogés pendant les marches à Dresde s’avéraient surtout mécontents « en général de la politique et des médias » et peu concernés par l’islam, les branches de Leipzig (« Legida ») et d’autres pays européens semblent plus radicales.

Je me demande si ce n’est pas précisément ce qui les empêchera de rassembler autant qu’en Allemagne. Tu pousses le bouchon un peu trop loin Maurice.  

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Au Nigeria, le groupe islamiste Boko Haram s’est livré à ses attaques les plus meurtrières à ce jour

Carte Nigeria boko haram Capsule janvier 2015
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Boko Haram, le retour : je vous en parlais déjà en décembre pour vous la présenter, et cette secte musulmane particulièrement antipathique poursuivait ce mois-ci ses attaques au Nigeria et même au Cameroun voisin.

Entre le 7 et le 9 janvier, au moins 2000 personnes étaient massacrées dans les seize villes et villages détruits par Boko Haram au nord-est du Nigeria, aux rives du lac Tchad (localité de Baga), entraînant la fuite de milliers d’habitants qui s’ajoutent aux dizaines de milliers de réfugiés nigérians. Le 10 janvier, une bombe fixée sur une fillette de 10 ans tuait au moins 20 personnes à Maiduguri ; le lendemain, un attentat-suicide faisait 4 morts à Potiskum. Le 12 janvier enfin, le groupe islamiste armé attaquait la base militaire de Kolofata, à la frontière du Cameroun, et subissait sa plus lourde perte avec 143 terroristes tués. Parmi les rares bonnes nouvelles, 200 otages étaient libérés le 23 janvier.

Il reste que Boko Haram progresse ainsi depuis six ans en étendant désormais son « califat » autoproclamé au nord-est du Nigeria, et que le mouvement est très actif aux frontières avec le Cameroun, le Tchad et le Niger. L’armée nigériane est dépassée, même si le Tchad a envoyé des troupes et blindés en renfort.

Certains observateurs comparent sans hésiter Boko Haram à l’Etat islamique en raison de la taille de son territoire et de son fondamentalisme qui ne cesse de se durcir (d’autres n’hésitent pas estimer que le Nigeria est le prochain Rwanda), sans que la communauté internationale intervienne. Pour cause, beaucoup sont déjà engagés dans la lutte contre l’Etat islamique, et ceux qui ne le sont pas n’auraient pour le moment pas de raison particulière de l’être davantage face à Boko Haram…

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La coalition de gauche radicale Syriza, au programme « anti-austérité », a remporté les élections législatives grecques

Carte de la Grèce janvier février 2015 Capsule

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 Le mois dernier, je mentionnais les incertitudes liées aux élections législatives anticipées en Grèce et à la potentielle victoire du parti de gauche radicale Syriza,  adversaire de la politique d’austérité défendue par la « troïka » (Banque Centrale Européenne, Commission européenne et Fonds Monétaire International). La « menace » de cette victoire anti-austérité provoquait en effet en décembre la chute de la Bourse d’Athènes et surtout, un certain nombre d’inquiétudes autour d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro. Même si Syriza a rejeté cette hypothèse, nous n’avons pas échappé aux polémiques du type « la chancelière allemande Angela Merkel est-elle ou non prête à laisser la Grèce sortir de la zone euro ? » (oui, comme si l’Allemagne avait seule son mot à dire). D’ailleurs, mi-janvier, l’euro atteignait son plus bas niveau depuis 9 ans.

Finalement, jusqu’au 25 janvier dernier, il n’était pas évident de trouver un titre de presse ne jouant pas sur l’effroyable perspective d’une victoire de Syriza en Grèce, tremblez européens. Depuis, le ton a changé et pour cause, il va falloir faire avec : Syriza, mené par le député européen Alexis Tsipras, remportait le 26 janvier 149 sièges au Parlement, soit deux sièges de moins que la majorité absolue, et ne tardait à pas à former une coalition avec le parti de droite souverainiste des Grecs indépendants, ANEL, pour l’obtenir. Alexis Tsipras était nommé Premier ministre dans la foulée.

Et maintenant ? La politique d’austérité en Grèce lui a été imposée par le FMI et la zone euro en échange, entre autres, d’un plan de soutien de 110 milliards d’euros pour redresser le pays, qui est en récession depuis 2008 et connaît aujourd’hui un déficit budgétaire de 12% et un taux de chômage désastreux. Syriza espère renégocier cette rigueur budgétaire et obtenir la restructuration de la dette publique (320 milliards qui représentent tout de même environ 175 % du PIB grec). D’un coup d’un seul, nombreux se souviennent que l’Allemagne, dont les comptes étaient à l’équilibre en 2014, a fait trois fois défaut à sa dette au XXème siècle (années 1930, 1953, 1990) et reste endettée au-delà du seuil de 60% du PIB ; d’autres soulignent qu’après tout, le discours dominant de « l’austérité à tout prix » n’est pas nécessairement toujours le plus pertinent et que certains pays y ont déjà proposé des alternatives (Argentine, Equateur, Islande, notamment) ; certains remarquent enfin que la coalition grecque « gauche radicale / droite radicale »,  si elle partage son opposition aux politiques d’austérité, risque de se fragiliser rapidement, lorsque des compromis devront être trouvés entre l’UE et le nouveau gouvernement grec.

Il reste que les regards étaient tellement tournés sur la Grèce ce mois-ci que l’entrée de la Lituanie dans la zone euro le 1er janvier est passée quasiment inaperçue. Et ça, c’est quand même rigolo : bienvenue !

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Carte Lituanie et zone euro en 2015
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La Banque Centrale Européenne a annoncé son intention de racheter la dette des Etats de la zone euro pour relancer l’économie

Carte Union Européenne fin 2014 Capsule
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On fera autant de sketchs qu’on veut sur Syriza et la dette grecque, en attendant, la Banque Centrale Européenne (BCE), présidée par Mario Draghi, prépare un plan de rachat de dettes, sous le nom de « quantitative easing » (QE, signifiant « assouplissement quantitatif »). Si ce type d’opération a déjà été mené par la Banque Centrale américaine (la FED) suite à la crise de 2007, au sein de l’UE, c’est inédit.

Mini-révision sur les institutions européennes avant tout : la BCE, totalement indépendante, a pour objectifs de maintenir la stabilité des prix (en d’autres termes maîtriser l’inflation, qui ne va pas fort dans la zone euro comme je vous le disais le mois dernier) et du système financier (surveillance des institutions et marchés financiers) au sein de l’UE. Elle agit en coordination avec les banques centrales des 28 Etats membres, en particulier avec celles des 19 Etats de la zone euro au sein de ce qu’on appelle « l’eurosystème ».  Concrètement, au sein de la zone euro, la BCE est ainsi amenée, par exemple, à fixer les taux d’intérêt directeurs (lorsqu’ils baissent, le crédit coûte moins cher).

Pourquoi et comment pourrait-elle racheter massivement des dettes publiques ? L’inflation est très faible dans la zone euro et la BCE commence à avoir épuisé ses cartes en la matière. L’idée des mesures de QE est simple : renflouer le système financier. Il s’agit d’injecter de l’argent à partir de rien (« faire tourner la planche à billets », imprimer des euros, si vous préférez) et de l’utiliser pour racheter massivement des titres de dette d’Etat aux banques de la zone euro. Ces établissements pourront ainsi réinjecter de l’argent dans l’économie, notamment en octroyant des crédits supplémentaires aux ménages et entreprises.  La règle « plus il y en a, moins cela a de valeur » fonctionne aussi pour les euros, ce qui signifie aussi une baisse de l’euro qui favoriserait par ailleurs les exportations. L’ensemble, en bref et en théorie, permettrait de relancer l’économie.

Certains, en particulier l’Allemagne, craignent un euro faible et s’opposent à ce plan de soutien au motif que racheter des dettes publiques inciterait les Etats concernés à moins de rigueur budgétaire et à terme, à une nouvelle crise des dettes. On en revient donc encore au dilemme « austérité versus relance ». Il reste que le QE consiste seulement à monétiser temporairement les dettes publiques en les rachetant, le temps que la croissance redémarre, mais que les Etats devront toujours rembourser ces dettes.

L’avocat général de la Cour de justice européenne a estimé mi-janvier que le programme de QE de la BCE est en principe conforme au droit européen, ce qui signifie que juridiquement, rien ne peut a priori empêcher la BCE de le mettre en oeuvre. Néanmoins, de nombreuses questions économiques et juridiques sont encore à régler, notamment le curseur du programme : des mesures de QE importantes risquent de froisser l’Allemagne et surtout d’être illégales, tandis que des QE trop minimalistes risquent de manquer leur objectif. A cet stade des annonces, le programme devrait durer de mars 2015 à septembre 2016 et concerner 1140 milliards d’euros de dette (oui, quand même).

Quoi qu’il en soit, le principal effet, à savoir l’effet « psychologique » sur les marchés, est déjà à l’oeuvre = la BCE a crié « c’est qui le patron ?! » aux investisseurs, qui ont été rassurés de constater qu’il y avait apparemment encore un pilote dans l’avion. Ou alors, elle a chanté « à situation désespérée, mesures désespérées » et elle a eu quatre bleus.

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Les médecins sont en grève depuis plusieurs semaines

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Comme ils ne bloquent pas vos trajets, vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais de nombreux professionnels de santé sont en grève, et cela fait même plus d’un mois. Les urgentistes ont rapidement obtenu un accord avec la Ministre de la Santé Marisol Touraine dès fin décembre, mais les généralistes, spécialistes et SOS médecins poursuivent le mouvement.

Et si chacun de ces corps de métier a ses revendications propres, tous contestent certaines mesures du projet de loi santé présenté par Marisol Touraine fin 2014 et qui devrait être prochainement examiné par l’Assemblée Nationale :

  • La généralisation du tiers-payant d’ici 2017. L’idée semble pourtant louable du point de vue de l’accès aux soins, puisqu’il s’agit de permettre aux patients, lors d’une visite médicale, de ne plus payer avant de se faire rembourser, l’Assurance maladie se chargeant directement de payer le professionnel (cela fonctionne déjà ainsi à l’hôpital, par exemple).  Mais selon les médecins, les soins sont suffisamment accessibles à 23 euros la consultation (les généralistes demandent d’ailleurs à ce qu’elle passe à 25 euros, tandis que les spécialistes demandent une revalorisation des actes) et cette mesure, en véhiculant l’idée que la médecine est « gratuite » auprès de la population, ne serait pas favorable à la réduction du déficit de la Sécurité sociale. Surtout, ils craignent une augmentation de leur charge de travail administratif et les risques de retard de paiement voire de non-remboursement. En bref, si le processus de paiement était plus simple,  la généralisation du tiers-payant leur poserait bien moins problème.
  • L’accroissement des pouvoirs des Agences Régionales de Santé (ARS) dans le cadre du « service territorial de la santé ». Selon les professionnels de la santé, les ARS menaceraient ainsi leur liberté d’installation.

Les médecins et spécialistes ont trouvé un moyen original pour protester en boycottant les cartes vitales, remplacées par les feuilles de soin papier bien plus longues à traiter, créant ainsi un engorgement des services de sécurité sociale. Le surcoût est énorme, notamment avec le personnel supplémentaire que l’assurance maladie se trouve obligée de solliciter.

Le mouvement fait tout de même quelques heureux, à commencer par La Poste (qui se retrouve avec plus de courrier à expédier – si si, ils sont à cela près) et les pharmaciens (qui redécouvrent le goût prononcé des Français pour l’automédication). Le travail, c’est la santé.

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Le gouvernement argentin aurait cherché à couvrir les iraniens responsables d’un attentat en Argentine, et le procureur qui s’apprêtait à le dénoncer est mystérieusement mort

Carte Argentine et pays alentours
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Si vous êtes en quête d’une bonne série, ne cherchez plus, c’est en Argentine que ça se passe et la réalité dépasse la fiction.

En 1994, un attentat à Buenos Aires avait fait 85 morts à l’Association mutuelle israélo-argentine (Amia), attentat dont on ignore toujours les auteurs à ce jour. Le procureur Natalio Alberto Nisman enquêtait sur cette affaire depuis 2004 et s’apprêtait à révéler le 19 janvier un plan mettant en cause la présidente de l’Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, ainsi que plusieurs proches du gouvernement (dont le ministre des Affaires étrangères Héctor Timmerman). Ce plan aurait visé à couvrir des Iraniens responsables de l’attentat, une innocence fabriquée par le Gouvernement argentin en échange de pétrole à un prix avantageux.

Le 18 janvier, veille de la présentation de ses dénonciations à la commission de législation pénale de la Chambre des députés, le procureur Nisman était retrouvé mort chez lui, un « suicide » mystérieux qui n’a pas tardé à enflammer les réseaux sociaux (avec le hashtag #YoSoyNisman, « Je suis Nisman », si si) et déclencher des manifestations en Argentine. La population réclame tout simplement justice, tant pour l’attentat que pour le décès du procureur, et dénonce la corruption du Gouvernement.

La présidente Kirchner a tenté de noyer le poisson en proposant différentes hypothèses sur ce suicide suspect et surtout en ordonnant la déclassification de documents « secret défense » et en annonçant la dissolution des services du ministère du Renseignement (ceux, précisément, qui ont aidé Nisman à élaborer son dossier), remplacée par une Agence fédérale du Renseignement sous un mois.

Le tout se déroule à quelques mois des prochaines élections présidentielles (octobre 2015).  Tout cela va faire un SUPER film.

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C’est arrivé aussi en janvier, mais …

… en bref :

  • TAXES EN FRANCE – Pendant qu’on est dans les questions budgétaires, pour votre information, 7 nouvelles taxes entrent en vigueur en France en 2015. En la matière, nous sommes bien plus créatifs que les copains européens (aucun d’entre eux n’en a créé plus de 3 depuis 2010, tandis que nous en sommes à 51 sur la même période).
  • COEUR ARTIFICIEL – Rayon scientifique, on poursuit les bonnes nouvelles avec le deuxième patient doté d’un coeur artificiel (le premier étant décédé 74 jours après l’implantation) à survivre et pouvoir retourner chez lui quelques mois après son opération. Une première mondiale, et en France s’il-vous-plait.
  • E-CIGARETTE – C’est reparti, comme régulièrement désormais, des “scientifiques” tentent de vous démontrer à quel point le tabac est vachement moins dangereux que la vapote (5 à 15 fois plus cancérigène selon une étude américaine publiée ce mois-ci). Ben voyons. Oubliez cette étude qui aborde en réalité le cas d’une e-cigarette en surchauffe (et donc impossible à vapoter, croyez-moi, sauf par… une machine comme celle utilisée dans l’étude en cause). Lisez ceci, ceci  et ceci, relisez ceci, et écrasez votre clope.
  • NUCLEAIRE – Retournement de chemise bonjour. Mention spéciale à Ségolène Royal qui se prononce désormais en faveur de la construction d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires (après avoir envisagé la sortie du nucléaire d’ici 40 ans en … 2011). “Il n’y a que les imbéciles …”
  • PINK TAXIS – A New Delhi (Inde), en vue de renforcer la sécurité des femmes souvent victimes d’agressions dans les transports, une offre de taxis conduits par des femmes et destinés aux femmes a été lancée. Faith in humanity restored. 

… Capsule en a déjà parlé :

  • DEFICIT FRANCAIS – Pas vraiment de quoi être fier, mais tout de même, le déficit budgétaire français 2014 s’est établi à 3,4 milliards d’euros de moins que ce que prévoyait la loi de finances. Si vous voulez jouer, l’Institut Montaigne vous invite à proposer votre propre budget de l’Etat ici.

… il vaut peut-être mieux en parler ultérieurement :

  • IRAN – Les discussions ont repris ce mois-ci entre l’Iran, les Etats-Unis, la Russie, La Chine, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne concernant le programme nucléaire iranien, pour lequel ce pays subit des sanctions faute de garanties concernant son caractère pacifique. Ils ont jusqu’à juin pour trouver un accord.

… et outre le buzz, on s’en fout :

  • DAVOS – Le World Economic Forum se tenait fin janvier. Voilà voilà. A part cette infographie, le détail marrant, ce sont les 1700 jets privés qui s’y sont rendus alors que deux des thèmes principaux cette année sont le défi environnemental et la réduction des inégalités.
  • CGT – Le secrétaire général de la CGT Thierry Lepaon a démissionné.
  • BYGMALION – Le retour : perquisition du bureau de Jean-François Copé, UMP ajoutée à la liste des créanciers de Bygmalion… c’est reparti. Deux récap ici et ici.

A vous de jouer !

Les sujets de Capsule sont sélectionnés via l’outil collaboratif Tricider et vous pouvez y participer en proposant des sujets, des liens, des commentaires... C’est par ici du 1er au 25 février :

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