Septembre 2014, on se demande qui sont les méchants

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Bonjour à tous !

On ne vous l’a pas dit ? Ce mois-ci, le jeu consistait à identifier les méchants et à trouver tout un tas d’arguments justifiant qu’ils sont vraiment méchants.

Sur la liste presqu’officielle des méchants, vous aviez donc le tabac (c’est tabou), les terroristes (ou ceux qui ne savent vraiment plus quoi inventer pour lutter contre), les passeursla Russie (on commence à avoir l’habitude) et même la Chine (ou le pétrole, le pétrole c’est mal), les partisans du « oui » au référendum écossais (ou ceux du « non » ?), les membres de la future nouvelle Commission européenne (ou le récent nouveau Parlement européen, si vous ne vous êtes pas encore remis de la victoire du FN en France aux dernières élections), les chômeurs  (ou le MEDEF et le Gouvernement français, vous avez le droit d’hésiter), les adversaires des « enfants pour tous » (ou à l’inverse, les partisans de la procréation médicalement assistée et de l’adoption pour les couples homosexuels),  les pilotes d’Air France (ou la compagnie Air France, qui sait ?) …

Vous pouviez même vous mettre à détester les vilains patrons de la presse (ou ceux qui tentent désespérément de la sauver).

Vous avez le choix, et 10 synthèses pour avoir les idées un peu plus claires. C’est parti !

Si vous avez survolé l’info au mois de septembre 2014

Le « non » l’a emporté lors du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse

Carte de l’Ecosse (en vert foncé) au sein du Royaume-Uni (tout ce qui est en vert) – Source : Wikimedia Commons

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Après sa victoire sur les envahisseurs anglais en 1314 (oui, c’est loin), l’Ecosse restait indépendante jusqu’en 1707. Le Parlement écossais prononça alors sa dissolution en votant pour l’union de l’Ecosse avec l’Angleterre, qui constituaient ainsi le Royaume-Uni de Grande-Bretagne.

Mais en 1997, le premier ministre britannique Tony Blair proposa un premier référendum pour la création d’un Parlement écossais, ce qui permit à ce dernier de se réunir pour la première fois en 1999, presque 3 siècles après sa dissolution.

En 2011, les élections à ce parlement furent remportées par les nationalistes : suite logique dans la veine du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, un référendum pour l’indépendance de l’Ecosse était annoncé.

Pour le “oui”, vous aviez notamment les indépendantistes du Parti national écossais (Scottish National Party, SNP) dirigés par Alex Salmond et soutenus par James Bond (pardon, Sean Connery), afin de devenir une nation à part entière et donner plus de pouvoirs aux citoyens écossais, favoriser le progrès de l’Ecosse en lui permettant de ne plus dépendre du gouvernement central du Royaume-Uni (notamment d’un point de vue social : dépenses de santé, éducation…) et permettre à l’Ecosse d’être un des pays les plus riches du monde grâce à ses ressources pétrolières en Mer du Nord.

Pour le “non”, vous aviez notamment le premier ministre britannique David Cameron, la reine d’Angleterre et Paul McCartney (cause all you need is love), afin de préserver ce que représente la Grande-Bretagne et éviter les conséquences néfastes du non (qui seraient entre autres de perturber les investissements en Ecosse et au Royaume-Uni, sans parler des questions monétaires ou de répartition de la dette publique britannique ou encore du fait de donner des idées à d’autres mouvements indépendantistes en Europe, par exemple en Catalogne).

A la question “L’Ecosse devrait-elle être un pays indépendant ?”, la réponse a été “non” à 55 % le 18 septembre avec un taux de participation ahurissant de 85 %. L’Ecosse ne quitte par conséquent ni le Royaume-Uni ni l’Union Européenne, Alex Salmond a démissionné, et les Anglais s’interrogent à leur tour sur leur autonomie législative (la grosse blague). Voilà voilà.

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Jean-Claude Juncker a présenté la nouvelle équipe de la Commission européenne en vue de son approbation par le Parlement européen d’ici fin octobre

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Warning – début de la minute procédure

Désigné par les dirigeants européens (nom officiel : Conseil européen) le 27 juin dernier puis approuvé par le Parlement européen le 15 juillet, Jean-Claude Juncker sera le président de la Commission européenne pour une période de 5 ans. En prévision de son entrée en fonction le 1er novembre, il présentait l’équipe de la future nouvelle commission le 10 septembre.

Du 29 septembre au 7 octobre, chacun des 28 commissaires ainsi proposé doit désormais être auditionné par le Parlement européen, qui approuvera (ou non) cette Commission en session plénière le 22 octobre. Chaque commissaire, un par Etat membre de l’Union Européenne, est chargé d’un ou plusieurs domaines politiques spécifiques, pour lesquels il présente notamment des propositions législatives.

Fin de la minute procédure

Sur le fond, le communiqué officiel a beau se targuer d’une équipe “solide et expérimentée”, “fraîche et dynamique” et paritaire (les femmes représentent un tiers des effectifs), blablabla, certains commissaires font déjà jaser, notamment en France. Lequel aimez-vous le moins ?

  • Pierre Moscovici, se voit attribuer les affaires économiques et monétaires et est notamment chargé de la surveillance budgétaire (respect des 3% de déficit max par pays, remember, pour un Français c’est quand même marrant, encore plus quand ce Français est un ex-ministre de l’Economie, encore davantage quand il est socialiste). Mais Juncker a fait plaisir à la France.
  • Jonathan Hill, Anglais eurosceptique, récupère les services financiers (vous auriez désigné un citoyen d’un pays hors zone euro et frileux face à toute régulation pour réguler les banques et les bonus, vous ?). Mais Juncker a fait plaisir aux britanniques.
  • Tibor Navracsics, Hongrois conservateur, obtient l’éducation et la culture alors que son pari, la Fidesz, est accusé de dérives autoritaires et populistes. Mais Juncker ne savait pas quoi donner à la Hongrie.
  • L’Espagnol Miguel Arias Cañete est chargé du climat et de l’énergie malgré ses liens avec … l’industrie pétrolière. Ouais.

Juridiquement, c’est tout ou rien : le Parlement ne peut pas rejeter individuellement un candidat. Politiquement, c’est autre chose (comme d’hab’), et des avis négatifs pendant les auditions peuvent mener à des modifications dans les désignations. Qu’est-ce qu’on vote en Europe, dis donc.

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Tiens, une (longue) grève des pilotes Air France

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Les pilotes d’Air France ont été en grève pendant 14 jours en septembre, ce qui représente presque 300 millions d’euros de pertes pour la compagnie.

Pourquoi faire grève quand on gagne entre 3500 (copilote débutant) et 10 000 (commandant de bord) euros bruts par mois, me direz-vous ?

Schématiquement, Air France KLM tente de s’adapter à la concurrence de compagnies low cost telles que Ryanair et EasyJet sur les courts et moyens courriers (c’est-à-dire les vols de moins de 5 heures) via sa filiale Transavia. Ses concurrents British Airways et Lufthansa, par exemple, font d’ailleurs exactement la même chose.

Le hic, c’est que depuis 2012, pour équilibrer ses comptes sur le moyen courrier, Air France KLM a notamment pris quelques mesures concernant son personnel –  baisse d’effectifs, suppression d’augmentations générales de salaires et (nous y sommes) hausse du nombre d’heures de vol pour les pilotes sur les moyens courriers.

A terme, la filiale Transavia cherche (logiquement) à continuer d’être compétitive face aux compagnies low cost, ce qui implique notamment d’affecter des pilotes d’Air France à cette filiale, voire de délocaliser cette filiale à l’étranger et d’imposer à ses personnels de travailler sur des contrats locaux (“dumping social”). C’est face à ces projets de Transavia Europe que les pilotes n’ont pas été contents et ont commencé à faire grève, avant même de tenter de négocier et pour préserver leur statut. Normal, on est en France.

Les pilotes réclamaient ainsi un contrat unique aux conditions d’Air France, quelle que soit la filiale concernée, et ce moins pour des questions de salaire que pour des questions de temps passé en vol (plus importants quand on pilote sur du low cost).

Ils ont finalement repris le travail quelques jours après avoir obtenu le gel des projets de Transavia Europe. La direction jugeant bien trop chère l’option du contrat unique, les négociations se poursuivent pour ce qui concerne Transavia France. Rien n’a été acté à ce jour (d’où les nombreux titres “tout ça pour ça” dans la presse le 28 septembre). Et si on faisait voter les passagers ?

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« Chasse aux chômeurs-fraudeurs », mais nous avons toujours un Gouvernement socialiste

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En termes d’avantages sociaux, qui détester le plus ce mois-ci : les pilotes Air France ou les chômeurs ?

Pour le ministre français du Travail François Rebsamen, la réponse était claire le 2 septembre dernier, lorsqu’il demandait à Pôle Emploi des vérifications de la réalité des recherches d’emploi de chômeurs.

C’est vrai quoi, faisons baisser le nombre d’inscrits en multipliant les radiations et en rejetant la faute sur l’ensemble des chercheurs d’emploi, même si la fraude aux allocations chômage est estimée à 58 millions d’euros (0,17% du total) en 2013, contre 3,66 milliards de fraude fiscale, 562 millions de fraude à la Sécurité sociale et 367 millions de fraude à la douane. Taper sur les plus faibles, surtout pour un socialiste, c’est moche. Non, le fait que la Cour des comptes ait rappelé en février dernier qu’il y avait “des progrès à amplifier” dans la lutte contre cette catégorie de fraude n’est pas une excuse (le chiffre record de 3,424 millions de chômeurs après neuf mois de hausse consécutive, encore moins).

Dans la série emploi, il y a bien plus créatif du côté du MEDEF (Mouvement des entreprises de France), qui proposait mi-septembre toute une série de mesures en vue de créer 1 million d’emplois, notamment la suppression de jours fériés (2 sur 11), des dérogations à la durée légale de travail et au salaire minimum, et l’autorisation de certains commerces d’ouvrir le soir et le dimanche. Aucune surprise, ça n’a pas plu à tout le monde.

Septembre 2014, un mois sympa qui donne bien envie de se (re)mettre au boulot.

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Un nouveau projet de loi renforçant les mesures de lutte contre le terrorisme a été adopté par l’Assemblée nationale

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Enfin un point sur lequel tout le monde tombe d’accord : les plus méchants, ce sont les terroristes (sinon on ne les appellerait pas comme ça, CQFD). Or à force d’entendre parler de l’Etat islamique ces derniers temps, les idées fusent.

Le 9 juillet dernier, le ministre de l’Intérieur français Bernard Cazeneuve présentait ainsi en Conseil des ministres un projet de loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme : “les événements récents ont montré que la législation doit être adaptée pour prendre en compte des évolutions inquiétantes’, blabla, tremblez citoyens. Vous tremblez tellement qu’ils font passer tout cela en procédure accélérée, ce qui explique que le texte a déjà été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale le 18 septembre 2014 et transmis au Sénat. Parmi les mesures qui ont été approuvées à ce stade :

  • La possibilité d’une interdiction administrative de sortie du territoire visant à empêcher le départ de candidats au jihad notamment en Syrie et en Irak (si les présumés jihadistes restent chez nous, tout va bien – ah non, le député Pietrasanta dit que cette mesure est sensée protéger des jeunes encore peu radicalisés contre eux-mêmes, on est super rassuré). Vous saviez qu’il existe même, depuis avril dernier, un numéro vert de signalement pour les proches des « enrôlés » ?
  • L’insertion dans le Code pénal de délits de provocation aux actes de terrorisme et d’apologie du terrorisme (article 4 du projet), qui ne seront plus seulement considérés comme abus de la liberté d’expression mais, de fait, “directement à l’origine d’actes terroristes” – c’est toi le terroriste
  • La création d’un délit “d’entreprise terroriste individuelle” (article 5 du projet) pour compléter l’association de malfaiteurs (car quand t’es tout seul t’es pas une association, cqfd – même si t’iras pas bien loin non plus)
  • La possibilité de bloquer des sites Internet (article 9 du projet) en vue de retirer un contenu incitant au terrorisme ou en faisant l’apologie, sous 24 heures et surtout sans autorisation d’un juge (mais une personnalité désignée par la CNIL veillera à ce que ça n’aille pas trop loin, si ça peut vous rassurer – moi pas). Ce qui est amusant, c’est que Cazeneuve s’était opposé à la même mesure quand l’UMP la proposait en 2010.

Attendons un peu la position du Sénat sur cette quinzième loi anti-terroriste en 30 ans (la question est toujours la même : “quelles atteintes aux libertés pour plus de sécurité ?”).

Entre temps, trois jihadistes présumés ont été arrêtés lors de leur retour de Turquie après en séjour en Syrie à l’aéroport d’Orly, un Français (Hervé Gourdel) s’est fait décapiter en Algérie, et une bonne partie de la presse a fait sa Une le 25 septembre sur un projet d’attentat de l’Etat islamique contre les métros de Paris et New York.

Comment ça, vous ne tremblez toujours pas de peur ?

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La Russie ouvre progressivement ses gisements de pétrole et de gaz aux Chinois et lance la construction d’un nouveau gazoduc en direction de la Chine

Russia China Locator.png La Russie (en vert) et de la Chine (en orange) dans le monde  — Image:United Kingdom China Locator.png. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

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Si la Russie n’a pas la cote avec l’ouest ces derniers temps, ses liens avec la Chine se resserrent d’un point de vue tant économique que politique. La Chine a notamment condamné les sanctions prononcées récemment par l’Europe et les Etats-Unis contre la Russie suite aux évènements en Ukraine et à l’annexion de la Crimée, situation qui lui rappelle l’ingérence dans les affaires internes dont elle s’estime victime concernant le Tibet. 

Dans la continuité de premiers accords en 2009, la Fédération de Russie signait ainsi le 21 mai avec la République Populaire de Chine un contrat prévoyant la livraison annuelle de 38 milliards de mètres cubes de gaz à la Chine, voire davantage, pendant trente ans. Chaque partie s’engageait par ailleurs à faciliter les échanges (suppression des taxes d’export pour l’un, d’import pour l’autre, concernant le gaz), alors que les négociations se heurtaient quelques mois auparavant à des désaccords sur le prix.

Mieux encore, le 1er septembre, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine lançait le chantier de construction d’un gazoduc en direction de la Chine à Iakoutsk, capitale de la République de Sakha (plus grande région de Russie). Ce chantier estimé à 15,6 milliards d’euros, plus grand chantier de construction au monde, a pour objectif d’assurer l’approvisionnement du marché intérieur russe ainsi que l’exportation vers la Chine.

Par ailleurs, Poutine autorisait les Chinois à devenir actionnaires de la compagnie exploitant le gisement de pétrole et de gaz de Vankor, leur permettant ainsi d’accéder à ces gisements.

La Chine étant le plus important consommateur mondial d’hydrocarbures et la Russie puisant 70% du total de ses exportations des débouchés de ses hydrocarbures, Poutine a le sourire : pourquoi s’inquiéter de ce que l’Europe de l’ouest n’importerait plus si la Chine, elle, importe de plus en plus ? Il se permet même de déclarer qu’il y a assez de gaz pour tout le monde, renvoyant la balle aux dirigeants européens (jolie manière de dire f*** you en russo-chinois).

Et tout cela est loin d’être fini. Les dirigeants russe et chinois ont prévu de nouvelles rencontres d’ici fin 2014 en vue d’approfondir et d’élargir leur coopération (aéronautique, médecine, etc.), et Poutine vise plus largement une Union eurasiatique, avec d’autres pays de la région Asie-Pacifique, comme il l’avait annoncé dès 2011.

Mais c’était pas fini, la Guerre Froide ? #LesGuerresQuonAGrandiAvec

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La Cour de cassation a validé l’adoption d’un enfant par l’épouse de sa mère suite à une insémination artificielle à l’étranger

Une des affiches de la campagne de la SPA à l’occasion des journées de l’adoption (de très bon goût)

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Le 22 septembre 2014, la Cour de cassation, plus haute institution judiciaire française, s’est prononcée sur une question juridique extrêmement politique : lorsqu’un enfant a été conçu grâce au recours à l’assistante médicale à la procréation (la PMA) à l’étranger, peut-il être adopté en France par l’épouse de sa mère biologique (mariage suite à la loi du 17 mai 2013 autorisant le mariage entre personnes du même sexe)? Ou non, puisqu’il s’agit d’une fraude à la loi sur l’adoption ?

Au printemps 2013, les adversaires au « mariage pour tous » n’ont cessé de répéter que permettre le mariage aux couples homosexuels ouvrait la porte aux familles homoparentales (« enfants pour tous ») notamment grâce au recours à l’insémination artificielle avec donneur anonyme (IAD). Les partisans répondaient que ce n’était pas dans la loi, et effectivement, ça ne l’était pas.

PMA interdite en France, oui, mais un simple aller-retour à l’étranger permettait de contourner ce problème. Et nous y voilà : insémination à l’étranger (par exemple en Belgique) puis retour en France pour demander d’adoption, est-ce que ça passe ?

La Cour de cassation répond oui dans un avis très bref, en sortant la carte joker de l’intérêt de l’enfant. Autrement dit, oui c’est possible, oui les conditions légales de l’adoption peuvent être réunies concernant un couple marié homosexuel, tant que l’adoption est « conforme à l’intérêt de l’enfant » (flou me direz-vous, manière de renvoyer la balle aux tribunaux), quel que soit son mode de conception. Ce qui est un peu dingue, c’est qu’elle avait jusqu’à lors répondu non, face au même processus, concernant des couples hétérosexuels.

Pire encore, à ce jour, l’avis est inconstitutionnel, compte tenu d’une décision du Conseil constitutionnel de mai 2013 : il estimait alors que le fait de se rendre à l’étranger recourir à la PMA ou la GPA (gestation pour autrui, dite aussi « mère porteuse ») en fraude à la loi française, pour demander ensuite l’adoption en France, constitue un détournement de la loi, et qu’«il appartient aux juridictions compétentes d’empêcher, de priver d’effet et, le cas échéant, de réprimer de telles pratiques».

Au-delà de la question de la PMA, comme l’a souligné la ministre de la Justice Christiane Taubira, « l’adoption est désormais clairement ouverte, sous toutes ses formes, à tous les couples mariés », qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels.  Certains sont logiquement rassurés que la situation soit clarifiée par la Cour de cassation (et si vous voulez vous lancer dans le tourisme procréatif, c’est le moment) ; d’autres sont logiquement furieux que ce qui ne figure pas dans la loi et a été expressément retoqué par le Conseil constitutionnel se retrouve tout de même validé juridiquement.

Là où tout le monde est à peu près d’accord, c’est qu’après le débat du « mariage pour tous », un débat s’impose désormais concernant les « enfants pour tous » (un débat, et le cas échéant un vrai texte, pas un avis tout seul dans son coin comme ça).

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Mais aussi

Le tabac, c’est tabou : limitation d’achats transfrontaliers de tabac, paquet neutre de cigarettes et interdiction de fumer en voiture en présence d’enfants de moins de 12 ans à venir

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Elle a été sympa, la rentrée des fumeurs.

Le 6 septembre, le gouvernement français annonçait un durcissement des règles relatives aux achats transfrontaliers de tabac, en limitant à quatre le nombre de cartouches de cigarettes pouvant être achetées par des particuliers à l’étranger (pour être fumées en France, suivez). Les buralistes sont ravis, le concept de libre circulation des biens et services beaucoup moins.

Mais pourquoi s’arrêter à la question des marchés parallèles, n’est-ce pas, quand on peut aussi embêter le circuit officiel. Dans le cadre de la lutte contre le cancer, le gouvernement s’apprête ainsi à instaurer le paquet de cigarettes « neutre », sans logo ou couleur et avec une typographie standard sur l’emballage. Il faut croire que les images moches ne suffisaient donc pas à vider la clope de son aura (sérieusement, y a-t-il des fumeurs au gouvernement, ou bien ?). Marisol Touraine, ministre de la Santé, milite pour cette mesure proposée par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) bien que le bilan en Australie, seul pays où le paquet neutre a été instauré, n’est pas forcément très convaincant – sans compter les procès intentés par les industriels du secteur sur le fondement du droit des marques.  Mesure symbolique tout au plus. On va surtout commencer à tous confondre nos paquets en soirée.

Dans la série des propositions farfelues dans le cadre du « programme national de réduction du tabac », Marisol Touraine a également annoncé qu’il serait désormais interdit de fumer dans son véhicule en présence d’enfants de moins de 12 ans. La énième loi anti-terroriste ne suffisait pas, ce mois-ci, en termes de législation attentatoire aux libertés individuelles ?

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Un naufrage de migrants clandestins a provoqué 500 morts le 15 septembre

Immigration illégale dans l'Union européenne en 2013 - Source : La Croix
Immigration illégale dans l’Union européenne en 2013 – Source : La Croix (données Frontex)

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Vous resteriez au Moyen-Orient, vous, ces temps-ci, ou vous feriez n’importe quoi pour vous en barrer, et vite ? L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a constaté que la seconde option est de plus en plus privilégiée, malgré les risques encourus tant pendant le trajet qu’à l’arrivée. L’Italie, par exemple, estime l’augmentation de migrants clandestins sur les huit premiers mois de l’année 2014 à +175% (118 000 personnes) par rapport à la même période en 2013. La hausse serait de 30% pour la Grèce, tandis que les chiffres sont stables et en diminution pour l’Espagne.

La presse en parle habituellement très peu, sauf lorsque, comme le 10 septembre dernier, des passeurs en mer (sensés aider les migrants clandestins, contre rémunération, à passer les frontières) provoquent délibérément le naufrage d’un bateau clandestin et la mort de plus de 500 personnes dont plus d’une centaine d’enfants. A terme, cela favorise en effet les affaires des trafiquants, puisque dans les faits, avec l’opération « Mare Nostrum » lancée en octobre 2013, plus un bateau transporteur de clandestins présente un risque pour la survie de ses passagers, plus il a de chance d’être secouru par un pays du Sud de l’Europe (paradoxalement, un sacré argument de vente auprès des candidats au départ). A fin septembre 2014, presque 3000 migrants sont morts ou disparus en mer, soit bientôt quatre fois plus qu’en 2013 (700 morts selon l’OIM).

Au sein de l’espace Schengen, chaque pays est sensé assurer la sécurité des frontières extérieures communes. Toutefois, en pratique, certains sont plus concernés par les arrivées (comme l’Italie, quitte à fournir aux migrants clandestins des autorisations de pénétrer dans d’autres pays de l’espace Schengen), d’autres plus concernés par les demandes d’asile (comme la France ou l’Allemagne). L’agence européenne Frontex, créée en 2004, assiste également les différents les Etats membres de l’Union européenne pour assurer la sécurité des frontières. Comment concilier cette dernière (au nom du risque terroriste et compagnie, notamment, quitte à favoriser le négoce des passeurs) et la délivrance de davantage de visas en vue de demandes d’asiles régulières ? Vous avez 4 heures.

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Il y a du mouvement chez Libération, Terra Eco, Nice Matin, Mediapart… et la ministre de la Culture et de la Communication a annoncé vouloir légiférer rapidement

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Elle a été sympa aussi, la rentrée de la presse.

Deux mois à peine après l’apport de 18 millions d’euros dont il a bénéficié essentiellement de la part du milliardaire Patrick Drahi, le quotidien Libération a annoncé 93 suppressions de postes (40% des effectifs totaux du journal) mi-septembre en vue de conduire à une exploitation bénéficiaire d’ici fin 2015. Différents projets pour relancer la machine ont aussi été évoqués et c’est pas trop tôt (même si sur le fond, il n’y a là rien de révolutionnaire : nouvelle formule (encore), diffusion en ligne payante, rédaction papier et web unifiée … à croire qu’ils viennent tous de découvrir Internet).

De son côté, le magazine sociétal Terra Eco cherchait ce mois-ci à collecter 500 000 euros auprès de particuliers (crowdfunding et abonnements) et d’investisseurs, faute de quoi il fermerait, ce qui a le mérite d’être clair.

Nice Matin pariait aussi sur le crowdfunding ce mois-ci, davantage en cherchant à apitoyer le lecteur (objectifs de campagne flous, contreparties-gadgets, etc.) qu’en démontrant l’intérêt de son existence auprès de ses lecteurs (chapeau encore au panache de Terra Eco).

Loi des séries oblige, bim, Edwy Plenel, co-fondateur et dirigeant du site d’information Mediapart, se fait de nouveau embêter par le fisc pour des histoires d’application de taux de TVA (la presse a en principe un taux de TVA à 2,1%, non à 19,6% ou désormais 20%, or Mediapart estime que le taux réduit lui est applicable depuis l’apparition du statut de la presse en ligne en 2009, le fisc refait le calcul d’écart et tique, toussa).

Ce qui est marrant dans tout cela, c’est que la récemment nommée ministre de la Culture et de la Communication Fleur Pellerin annonçait précisément ce mois-ci vouloir « légiférer à brève échéance » pour permettre aux journaux de renforcer leurs fonds propres, modifier la loi Bichet relative à la distribution des journaux et réformer le statut de l’AFP (bon courage). Ce qui est encore plus marrant, c’est qu’elle le faisait lors du dîner annuel du quotidien L’Humanité, grand champion des aides à la presse (et dont le directeur envisage par ailleurs de relancer le magazine jeunesse Pif Gadget).

Ce n’est pas nouveau, le régime économique des entreprises de presse, leur système de distribution et plus largement leur modèle économique posent énormément de questions, des rapports et études sur le sujet, il y en a des mètres cubes, les défauts du système sont connus, et ça sent les grèves dans tous les sens. Bon courage (bis). J’oubliais, la dernière « réforme » en la matière date de… juillet 2013.

Ce qui sera peut-être intéressant, c’est la question de modes de financement alternatifs, comme le mécénat pour la presse (financement via des fondations pouvant bénéficier d’avantages fiscaux). Pétard mouillé ou non, je suis impatiente de découvrir tout cela.

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C’est arrivé aussi en septembre, mais je ne vais pas creuser

… parce qu’il faut bien faire un choix :

  • Avec le succès de mission Mangalyaan, l’Inde a depuis le 24 septembre un satellite en orbite autour de Mars (4ème après ceux de l’agence spatiale européenne et de la NASA).
  • Le premier ministre français Manuel Valls a obtenu la confiance de l’Assemblée Nationale lors du vote du 16 septembre, à 269 pour contre 244 contre.
  • Amnesty International a dénoncé dans un rapport du 11 septembre les atteintes aux droits de l’Homme par la junte militaire ayant pris le pouvoir en Thaïlande en mai dernier (liberté d’expression et d’association, procès inéquitables, détentions arbitraires… voir ici).
  • Le chercheur du MIT Media Lab John Negroponte a prédit lors de sa dernière intervention aux conférences TED qu’il serait possible d’apprendre en avalant des pilules d’ici 30 ans
  • Mieux encore, des chercheurs de l’université de Barcelone ont réussi une première expérience de communication cerveau à cerveau (télépathie) assistée par ordinateur.
  • L’opérateur Bouygues Telecom a annoncé le 15 septembre un accord en France lui permettant de proposer les services de Netflix (vidéo en ligne) sur ses box (les autres FAI sont pas contents).
  • La Hadopi est très occupée en ce moment (si si), entre ses travaux sur la rémunération du partage (datant du 5 février dernier mais présentés par la presse comme une nouveauté ce mois-ci, allez comprendre – voir ici) et sa lutte contre le streaming (lol)

… parce que Capsule en a déjà parlé et qu’il n’y a pas grand chose de neuf :

  • Médecins Sans Frontières dénonçait le 2 septembre l’inaction de la communauté internationale face à l’épidémie majeure d’Ebola. Bingo, le 16 septembre, les Etats-Unis annonçaient envoyer 3000 militaires en renfort en Afrique de l’Ouest, et la Banque mondiale approuvaient un don de 105 millions de dollars pour filer aussi son coup de main.
  • Le 9 septembre, les Etats-Unis annonçaient la participation de plus de 40 pays (dont la France, le Royaume-Uni, l’Australie, la Turquie et l’Arabie Saoudite) à une coalition contre l’Etat Islamique en Syrie et en Irak. Oh, et une bonne partie bombarde sévère, mais comme ils ne mettent pas un pied au sol, on va dire que c’est pas une vraie (nouvelle) guerre. En parlant de « vu du ciel », vous pouvez aussi jeter un oeil au World Trade Center avant / pendant / après le 11 septembre 2001 ici.
  • Au sein de l’Union Européenne, il faudrait savoir si on doit plus craindre les déficits ou la déflation. Craindre la déflation, c’était le gros sujet du mois dernier,  et à la rentrée, la Banque Centrale Européenne (BCE) annonçait même baisser ses taux directeurs (donc le coût du crédit avec l’objectif de relancer la croissance donc d’éviter le risque de déflation). Sauf que boom, Bruxelles demandait mi-septembre à la France des mesures crédibles pour réduire son déficit en 2015. Je ne comprends plus rien, notre premier ministre Manuel Valls non plus, qui se met à (continuer) d’annoncer des baisses d’impôts en France (pas exactement de quoi réduire les déficits). A moins que l’UE souhaite se dédouaner d’une déflation à venir côté BCE, tout en maintenant sa pression sur les Etats membres concernant la réduction des déficits côté Commission (qui peut difficilement faire autrement que ce “démerdez-vous pour faire presque tout et son contraire”). Oh wait.
  • Le Conseil d’Etat a publié le 9 septembre une étude annuelle proposant notamment des exceptions à la neutralité du net (qui consiste à permettre à toute entreprise, toute association ou tout particulier de bénéficier d’un égal accès à tous les internautes)… et la création d’une autorité spécialisée pour veiller à ce qu’aucun abus ne découle de ces exceptions. Peut-être ont-ils trouvé que la Hadopi était trop occupée… Une synthèse du rapport est disponible ici.
  • TF1, propriétaire de la chaîne LCI, a annoncé le 23 septembre un plan de licenciement de 148 personnes sur 247 et a déposé un recours contre la décision du CSA (vu le mois dernier dans Capsule) qui a refusé le passage de LCI en TNT gratuite. Soit.

… parce qu’il vaut peut-être mieux en parler ultérieurement :

  • Pas grand chose de neuf dans l’acquisition de l’opérateur de téléphonie T-Mobile par Iliad, filiale de Free : ils n’en finissent pas de discuter, suite à venir mi-octobre a priori.
  • Une décision de justice interdit Uber, service de voitures avec chauffeur (VTC), dans toute l’Allemagne.
  • Le gouvernement Libyen, qui se bat contre des milices notamment islamiques pour le contrôle du territoire, a lancé le 23 septembre un appel au secours à l’Organisation des armes chimiques.
  • Après l’accord économique et commercial global (AECG – CETA en anglais) signé le 18 octobre entre le Canada et l’Union Européenne, le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) aussi appelé “traité transatlantique” se négocie entre les Etats-Unis et l’Union européenne depuis l’été 2013. Plus de 250 ONG et associations politiques européennes dénoncent le manque de transparence de ces négociations sur une plateforme dédiée (No Transat ) et via une pétition, malgré la consultation (aux questions incompréhensibles ) lancée cet été.

… parce qu’outre le buzz, on s’en fout :

  • L’actrice Emma Watson fait un discours remarqué sur le féminisme le 21 septembre devant l’Assemblée Générale des Nations Unies
  • Des musulmans de l’association Active Change Foundation (ACF) ont lancé un hashtag (#NotInMyName) sur les réseaux sociaux pour se dissocier de l’Etat islamique.
  • Après le Ice Bucket Challenge (seaux d’eau glacées), des britanniques tentent de lancer la tendance Feeling nuts (se photographier en se touchant les testicules pour lutter contre le cancer des testicules). J’attends le Feeling boobs contre le cancer du sein.
  • L’ex-compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler, sort un livre sur sa relation avec le président de la République français, une belle occasion de rigoler : parodie de Doctissimo, comparaison avec “50 shades of Grey”, affiches de libraires refusant de le vendre, etc.  (mais elle en écoule tout de même plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en un mois).
  • Le secrétaire d’Etat français Thomas Thévenoud se fait remarquer avec sa « phobie administrative » : il n’a pas déclaré ses revenus pendant 3 ans, ça a fini par sortir dans la presse, il dit qu’il a simplement été négligent – dommage.
  • Sarkozy fait son retour médiatique sur TF1 et dans Paris Match, comme prévu quoi.
  • Des tas de sondages continuent de faire remporter les présidentielles de 2017 (oui, nous sommes en 2014) par Marine Le Pen.
  • Outre sa conférence de presse de début septembre annonçant la sortie (un jour) de la montre connectée iWatch, Apple sort l’iPhone6 (dont certains se plient, à ce prix là c’est con). Elle actualise aussi ses consignes de sécurité à ses développeurs externes après le scandale du vol de photos nues de stars américains, qui aurait été récupérées sur iCloud (Apple dément une quelconque faille, ceci dit).
  • Google abandonne progressivement son réseau Google+. Enfin.
  • Je déménageais à Bordeaux ce mois-ci, d’où les quelques jours de retard de publication de ce numéro de Capsule ;-)

A vous de jouer !

Les sujets de Capsule sont sélectionnés via l’outil collaboratif Tricider et vous pouvez y participer en proposant des sujets, des liens, des commentaires... C’est par ici du 1er au 25 octobre :


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