#29 Combien ça coûte, un journaliste ?

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11 minutes pour comprendre

Crédit: Death to Stock
Crédit: Death to Stock

 

Oui, je l’admets, ce titre est racoleur. Il fallait bien que j’attire votre attention. Racoleur, parce que davantage que de journalistes dans l’absolu, j’aimerais vous parler des pigistes, les électrons libres, journalistes payés à la mission au lieu de dépendre d’une rédaction.

Comme vous le savez, je suis encore en pleines prévisions financières et je me pose beaucoup de questions. Qui plus est, je débarque dans le secteur.

Or dans la mesure où je n’envisage pas une seconde de rédaction fixe pour Capsule, pour des raisons tant budgétaires que de vision (surtout de vision), quelques questions se sont ainsi rapidement posées: quel est le statut juridique d’un pigiste ? Comment et combien le rémunérer ? Combien cela coûte-t-il concrètement à l’entreprise qui l’emploie ?

Et la question bonus, puisque je me méfie toujours des évidences : dois-je employer des pigistes (cliquez ici si vous voulez aller directement à la conclusion, ce billet est long) 

Je préfère l’annoncer tout de suite: si la juriste en moi a le souci de travailler dans les règles, l’entrepreneuse en pré-lancement de projet voit se profiler d’un côté les heures de déclarations, craintes d’erreurs de calculs et lourdeurs de droit du travail, de l’autre la fronde d’associations de pigistes en colère, voire la menace d’attaques aux Prud’hommes et autres joyeusetésSympa ton boulot.

Je vous arrête aussi dès maintenant: il ne s’agit pas ici de proclamer ce que devrait faire ou ne pas faire tel ou tel média, pas davantage de pointer du doigt une profession et son statut. Je serais bien mal placée pour avoir cette prétention. Je préfère le dire deux fois plutôt qu’une: la question me concerne directement en tant que future petite entreprise de presse, et je ne m’interroge sur ces questions que parce que j’y suis obligée.

Ceci exposé, reprenons depuis le début.

Quel est le statut d’un pigiste ? Un journaliste professionnel, un salarié

Un pigiste est un journaliste professionnel. Présenté ainsi, cela veut tout et rien dire, mais pour moi ça veut dire beaucoup (ça veut dire qu’il était libre… pardon).

En d’autres termes, juridiquement, le pigiste, avant d’être un électron libre, entre dans le cadre d’une définition juridique, et par conséquent d’un régime juridique spécifique, celui des journalistes professionnels (ancien article L 761-2 du Code du travail, devenu L 7111-3 et suivants du même code, pour les juristes parmi vous). Pour correspondre à cette définition de « journaliste professionnel », le pigiste doit cumulativement

  1. Avoir pour activité principale, régulière et rétribuée l’exercice de sa profession
  2. Exercer son activité dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse 
  3. En tirer le principal de ses ressources. 

Notez que cela vaut pour les pigistes, mais aussi pour d’autres professions assimilées aux journalistes professionnels – les rédacteurs-traducteurs, sténographes-rédacteurs, rédacteurs-réviseurs, reporters-dessinateurs et reporters-photographes.

Sont ainsi exclus, à l’inverse, de la définition de journaliste professionnel et donc de pigiste, les personnes

  1. Qui ont une autre activité principale, régulière et rétribuée que l’exercice de la profession de journaliste
  2. Ou salariées de sociétés dont l’activité principale est la publicité, par exemple (voir à ce sujet un arrêt rendu par la chambre sociale de la Cour de cassation le 6 juillet 2011, pourvoi n°09-69689, ici)
  3. Ou encore ne tirant pas le principal de leurs ressources l’exercice de l’activité de la profession de journaliste au sein d’entreprises ou agences de presse, mais fournissant par exemple des contributions occasionnelles

Le pigiste est un salarié

Quoi qu’il en soit, la première conséquence de ce statut de journaliste professionnel est la présomption que tout contrat (au sens large, écrit ou non) liant une telle personne à une entreprise de presse moyennant rémunération est présumé être un contrat de travail (article L 7112-1 du Code du travail). Autrement dit, un pigiste, parce qu’il est journaliste professionnel, ne peut en principe pas être payé en facture, ni en droits d’auteur. Quel que soit le nombre de feuillets (1500 signes) qu’il vend à un support, quel que soit le montant de cette mission, le pigiste est un salarié.

Concrètement, cela signifie que le seul mode de rémunération légal d’un pigiste journaliste est le salaire (et le bulletin de paie qui l’accompagne). Il bénéficie des prestations chômage, maladie, maternité et retraite, de droits à la formation, de congés payés, ainsi que des avantages inscrits dans la convention collective des journalistes (bon courage), notamment le treizième mois et éventuellement l’ancienneté.

Mieux encore, dès lors que la collaboration entre un pigiste et une entreprise est régulière, c’est un salarié en CDI, de sorte que les règles de licenciement, et notamment le versement d’indemnités de licenciement, sont applicables lors de la rupture de la collaboration. La jurisprudence est assez variable sur la durée et la fréquence de la collaboration pour retenir le CDI pour les pigistes réguliers, aussi appelés « pigistes permanents », mais vous voyez l’idée.

Le pigiste détient une carte de presse  

Le pigiste, en effet, en tant que journaliste, dispose en principe d’une carte d’identité professionnelle, dite « carte de presse », délivrée par la CCIJP.

Qu’est-ce que c’est, à quoi ça sert?

Vous avez pu constater que les textes en vigueur parlent de « profession de journaliste » ou de « journaliste professionnel », sans jamais définir ce qu’est un journaliste.

Un journaliste professionnel, j’ai bien compris de quoi il s’agissait. Mais un journaliste, c’est quoi ? Répondre à cette question, c’est précisément la mission de la CCIJP, par la délivrance puis le renouvellement de la carte de presse à telle et telle personne plutôt qu’à d’autres.

Le problème, c’est que la définition reste assez floue, puisque la carte de presse est délivrée dès lors qu’une personne

  • exerce des fonctions « de nature journalistique »
  • depuis au moins trois mois consécutifs (lors d’un renouvellement de carte, la régularité de l’activité s’apprécie sur les 12 mois précédant la demande)
  • au sein d’une entreprise de presse (écrite ou audiovisuelle) ou une agence de presse agréée
  • et en tire plus de 50% de ses ressources (pour un pigiste, la moyenne mensuelle doit être supérieure à la moitié du SMIC, soit plus de 722,69 euros bruts à l’heure où j’écris ces lignes).

La CCIJP précise que lorsqu’une rémunération a été versée en droits d’auteur, elle ne fait pas nécessairement obstacle à l’obtention de la carte; dans ce cas, elle « recherchera s’il s’agit d’une activité d’auteur ou de journaliste en fonction de la description des activités exercées et de la nature des entreprises ». En revanche, un journaliste exerçant sous le régime des travailleurs indépendants ne peut pas obtenir sa carte (si vous avez une explication sur ce point, je prends).

Mais qu’est-ce que c’est, des fonctions « de nature journalistique »? … je n’ai trouvé aucune réponse à cette question dans les textes en vigueur.

Et en réalité, par un jeu de ping-pong, c’est au regard du type d’employeur, l’entreprise ou agence de presse, plus que du type d’employé et surtout de son activité, que me semble finalement s’apprécier la qualité de journaliste – à l’exception de quelques activités exclues, bien sûr, notamment les chargés de relations publiques et attachés de presse.

L’activité en cause, pour l’entreprise, c’est la publication d’écrits tels que des journaux, revues ou périodiques, paraissant à intervalles réguliers (quotidiens, hebdomadaires, mensuels, etc.) et mis à la disposition du public en général ou de catégories de publics.

En bref, dis-moi pour qui tu travailles, je te dirai qui tu es. D’ailleurs, l’article 6 de la convention collective des journalistes précise qu’une entreprise de presse ne peut employer plus de trois mois des journalistes professionnels et assimilés qui ne seraient pas titulaires de la carte professionnelle de l’année en cours, ou pour lesquels cette carte n’aurait pas été demandée. Ping-pong, vous dis-je.

Et après ? Quel est l’intérêt de détenir une carte de presse, hormis de poser un nom sur son activité ? La réponse est assez brève d’un point de vue juridique: la détention de cette carte permet d’obtenir un certain nombre d’avantages fiscaux, déjà abordés dans mon billet sur les aides à la presse. En effet, les journalistes peuvent appliquer une déduction forfaitaire de 30 % pour frais professionnels, dans la limite de 7 600 € par an, en matière de déclaration de revenus. Les entreprises de presse, de leur côté, bénéficient d’un abattement de 20 % sur les cotisations sociales dues sur les rémunérations versées aux journalistes (et seulement aux journalistes, je vous vois venir).

Accessoirement, le titulaire d’une carte de presse peut aussi accéder plus facilement à certains lieux, en principe en vue d’obtenir des informations (salles de presse, mais aussi musées, par exemple).

Pour finir sur le statut de journaliste, j’ajoute une dernière petite précision, à savoir l’application de la règle « article commandé, article payé » : « Tout travail commandé ou accepté par l’éditeur d’un titre de presse (…), quel qu’en soit le support, est rémunéré, même s’il n’est pas publié » (article L 7113-2 du Code du travail). Rien de bien surprenant, certes, quand on imagine les abus qui ont du mener à l’adoption d’une telle règle, mais tout de même…  le mini-éditeur-en-devenir et relativement organisé que je suis me dit qu’on a intérêt à avoir sacrément confiance dans les productions à venir de son équipe.

Pour résumer, être pigiste et être donc journaliste professionnel, c’est être payé en salaire plutôt qu’en droits d’auteurs ou sur facture, avec les avantages liés au statut salarié, pouvoir détenir une carte de presse et ainsi bénéficier d’avantages fiscaux et de l’accès à certains lieux, et enfin pouvoir être rémunéré pour tout article commandé même s’il n’est pas publié.

Comment et combien rémunérer un pigiste ?

Le « comment rémunérer un pigiste » a en partie sa réponse ci-dessus: un pigiste doit être rémunéré en salaire, et l’entreprise doit lui délivrer un bulletin de paie. Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion d’établir un bulletin de paie, mais je peux vous dire que ce n’est pas très rigolo – passons, chacun son problème.

Sur le « combien », je suis partie à l’origine des tarifs publiés par le Syndicat National des Journalistes, le SNJ, présentant des salaires exprimés en brut et retenant un feuillet à 53,46 euros dans les hebdomadaires et périodiques.

Histoire d’avoir le sentiment de payer correctement tout le monde et même si nous démarrerons tout juste, je suis rapidement passée à un feuillet à 70 euros pour mes prévisions financières, accompagné d’un système de forfaits pour certaines rubriques afin de faciliter l’annonce des grilles tarifaires applicables chez Capsule.

Mais pour simplifier ce qui suit, je vais prendre l’exemple d’une pige à 100 euros.

Avant de commencer le calcul des charges  salariales et patronales, pour obtenir le salaire brut, il faut ajouter à cette pige

  • l’indemnité de congés payés (1/10ème de la rémunération perçue sur la période de référence légale, soit du 1er juin de l’année précédente au 31 mai de l’année en cours)
  • le 13ème mois (1/12ème des salaires perçus sur l’année civile, y compris les congés payés); il n’est pas du dans tous les cas, mais pour simplifier, disons qu’il l’est dans mon exemple.

Certaines entreprises seront ainsi assez peu claires dans leur annonce de montants de piges, « oubliant » de mentionner que leur tarif comprend l’indemnité de congés payés et le 13ème mois. Disons que jusqu’à preuve contraire, je suis honnête, et que dans mon exemple, le salarié pigiste a a opté pour le paiement mensuel de l’indemnité de congés payés en connaissance de cause.

J’effectue donc mon addition:

  • Pige: 100 euros 
  • + indemnité de congés payés: 10 euros
  • + 13ème mois: 9,17 euros
  • Salaire brut: 119,17 euros 

A partir de ce premier montant, je peux:

  • pour parvenir au salaire net, déduire les charges salariales (cotisations sociales, y compris l’AFPN et autres retenues):

119,17 – 25,03 – 3,36 = 90,78 euros

  • et pour parvenir au coût que représente cette pige pour l’entreprise (et ainsi poursuivre mes prévisions financières), ajouter les charges patronales, sachant qu’il existe 20% d’abattement sur les cotisations sociales dues sur les rémunérations versées aux journalistes:

119,17 + 23,83 = 143 euros 

Ainsi, schématiquement, lorsque je verse 143 euros pour rémunérer une pige de 100 euros un pigiste, celui-ci perçoit un salaire net de 90,78 euros.

Pigiste, auteur non journaliste, auto-entrepreneur: quel coût pour l’entreprise ?

Faisons cette fois un petit comparatif avec les revenus versés et perçus sous les statuts d’auteur non journaliste professionnel et d’auto-entrepreneur.

L’auteur non journaliste

L’auteur non journaliste peut être rémunéré via un relevé d’honoraires, plus précisément ce qu’on appelle « les droits d’auteur Agessa« .

Concrètement, ce système concerne les auteurs dont l’activité au sein d’une entreprise de presse ne constitue pas leur occupation principale et dont ils ne tirent pas le principal de leurs ressources. L’exemple-type est celui des médecins ou avocats écrivant des sujets relevant de leur compétence, accessoirement à leur activité principale.

Ces auteurs, lorsqu’ils ne sont pas salariés, relèvent du régime spécifique de protection sociale des artistes-auteurs, géré par l’A.G.E.S.S.A.

Que les auteurs concernés soient ou non affiliés à l’A.G.E.S.S.A., l’entreprise versant des revenus d’auteurs doit en principe verser à cet organisme un certain nombre de contributions obligatoires (le précompte), déduites du montant à régler à l’auteur; c’est seulement lorsque ce prélèvement à la source n’a pas été effectué par l’entreprise que l’auteur règlera directement ses cotisations à l’A.G.E.S.S.A. L’entreprise doit également verser une cotisation de 1% des droits dus aux auteurs.

Dans ce système, pour comparer à l’exemple précédent du pigiste (soit pige à 100 euros: brut 119,17 euros, net 90,78 euros, coût entreprise 143 euros):

  • Pour un brut auteur à 119,17 euros, l’auteur touche 108,19 euros, et le coût pour l’entreprise est de 120,36 euros.

Comme l’auteur ne bénéficie pas de l’indemnité de congé payé et du 13ème mois, disons que la comparaison devrait plutôt se baser sur un brut équivalent à la pige, soit:

  • Pour un brut auteur à 100 euros, l’auteur touche 90,79 euros, et le coût pour l’entreprise est de 101 euros.

Pour l’entreprise, la différence est importante voire très importante dans les deux cas, et avantageuse dans les deux cas.

Pour l’auteur, en termes stricts de revenus, selon l’hypothèse de base retenue:

  • au pire, cela ne change rien par rapport à un pigiste (les 90,79 euros),
  • au mieux, il gagne davantage (108,19 euros contre 90, 78 euros).

On parle ici d’une activité qui n’est pas une activité principale, je doute qu’on soit donc à une indemnité de congés payés et un bout de 13ème mois près.

L’auto-entrepreneur

Sacrilège, oui, je sais, je parle d’auto-entrepreneur à des journalistes (je ne vois pas qui d’autre que des journalistes serait en train de lire ce billet). Et je le vis bien, puisque je ne fais que m’interroger.

Les activités artistiques rémunérées par droits d’auteur sont en principe exclues de ce régime (puisqu’elles dépendent de l’A.G.E.S.S.A. comme exposé ci-dessous), mais dès lors qu’une personne « exerçant une activité artistique n’est pas rémunérée en droits d’auteur mais en honoraires », elle peut exercer tant qu’auto-entrepreneur.

En bref, pour être clair, c’est possible, en particulier pour les auteurs qui ne peuvent pas être affiliés à l’A.G.E.S.S.A. faute d’atteindre un certain seuil de revenus en droits d’auteurs.

L’auto-entrepreneur, donc, ne peut exercer ses activités que dans une certaine limite de chiffre d’affaires annuel (32 900 euros pour les prestations de service). Il facture hors taxes (en franchise de TVA) et  bénéficie d’un régime micro-social simplifié pour lequel il cotise, s’agissant des prestations de service qui nous concernent, à hauteur de 24,6% de son chiffre d’affaires. J’ai écrit ici un billet en 20 lignes sur la protection sociale des auto-entrepreneurs, pour ceux qui souhaiteraient en savoir davantage.

Il peut aussi opter pour le versement  libératoire de l’impôt sur le revenu, à hauteur de 2,2% du même chiffre d’affaires.

Reprenons l’exemple précédent en vue de poursuivre la comparaison (soit pige à 100 euros: brut 119,17 euros, net 90,78 euros, coût entreprise 143 euros).

Le brut, hors taxes, est le montant facturé à l’entreprise: pour un brut à 119,17 euros, elle verse 119,17 euros; pour un brut à 100 euros, elle verse 100 euros. On peut difficilement faire plus simple – et, je crois, on ne peut comprendre que ce soit tentant de passer outre fiches de paie et calculs alambiqués.

Pour l’auto-entrepreneur:

  • Pour un brut facturé 119,17 euros, l’auto-entrepreneur devra cotiser (hors IR) à hauteur  de 29,3 euros et percevra 89, 85 euros (la différence avec le pigiste n’est pas folle).
  • Pour un brut facturé 100 euros, l’auto-entrepreneur devra cotiser (hors IR) à hauteur de 24,6 euros et percevra au final 75,4 euros (là, en revanche, c’est nul pour lui).

Et quand on reprend le problème dans l’autre sens, en partant du coût pour l’entreprise? 

Reprenons ce que coûte un pigiste à l’entreprise pour une pige à 100 euros. Comme je l’ai dit plus haut, cela lui coûte 143 euros charges patronales incluses.

Admettons que je m’aligne sur ce montant maximal de 143 euros de coût pour l’entreprise pour tout contributeur, quel que soit le statut:

  • Le pigiste percevrait un net de 90,78 euros
  • L’auteur non journaliste percevrait un net de 128,92 euros
  • L’auto-entrepreneur percevrait in fine un net de 107,82 euros (allons jusqu’à 104,77 euros, s’il a en plus opté pour l’IR).

Chacun ses cotisations sociales, chacun ses droits, chacun son net, chacun son problème en somme.

Gonflons un peu les chiffres, et partons sur l’un des forfaits de Capsule à ce jour, par exemple celui estimé à 600 euros, en parlant toujours du coût total pour l’entreprise quel que soit le statut de l’auteur. Sur ce montant, selon la personne concernée:

  • Le pigiste percevra un net de 381,26 euros
  • L’auteur non journaliste percevra un net de 539,38 euros 
  • L’auto-entrepreneur (ou autre indépendant) percevra un net de 452, 40 euros (439, 20 s’il a opté pour l’IR)

Personnellement, quitte à ce que Capsule dépense 600 euros, si j’étais vous, je préférerais toucher le net le plus élevé. Mais cela ne concerne que moi, et je ne vois aucune raison d’imposer l’une ou l’autre des options.

Pigiste or not pigiste, that’s the question

Ce qui m’embête, dans tout cela, c’est que je me retrouve avec une définition de type « un journaliste est une personne dont la profession est le journalisme » d’un côté, une future entreprise de presse de l’autre, et enfin pas mal de personnes autour de moi qui souhaitent contribuer à Capsule (et que j’ai envie de faire travailler pour Capsule), sans trop savoir quel(s) statut(s) revendiqueront tous les futurs contributeurs. 

Alors j’ai bien envie de faire simple, même s’il y a peu de choses plus casse-bonbons que de devoir renoncer à tenir soi-même sa comptabilité dans une toute petite entreprise et recourir à un comptable pour faire 4 mini-fiches de paie par mois.

J’ai envie de faire simple, et d’annoncer les futurs tarifs des contributions en partant du coût total de ces contributions pour Capsule en tant qu’entreprise, non en fonction du coût de la pige pour un statut ou un autre.  

Concrètement et pour être la plus claire possible, lorsque Capsule, en tant qu’entreprise, sera prête à débourser tout compris 100 euros*, par exemple, pour une contribution, elle annoncera que:

  • Le tarif « pigiste » est de 70 euros, hors indemnité de congés payés et 13ème mois ajoutés par ailleurs, pour un salaire brut de 83,42 euros et un net de 63,54 euros  
  • Le tarif « auteur non journaliste » est de 99,10 euros, pour un revenu brut de 99,1 euros et un net de 89,97 euros
  • Le tarif « auto-entrepreneur » est de 100 euros, pour un brut facturé hors taxes de 100 euros, et un net de 73,2 euros

Chacun aurait ainsi la protection et les droits attachés au statut qu’il revendique, sans que cela ne change quoi que ce soit pour moi en tant que directrice de la publication (à l’exception des déclarations à effectuer pour le versement des cotisations concernant les deux premiers), et sans fermer la porte à qui que ce soit non plus, en toute transparence.

N’est-ce pas plus équitable?

Qu’en pensez-vous?

* Ce chiffre est un exemple fictif, la réflexion est en cours :)

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Fondatrice de Capsule, curieuse, stakhanoviste, entreprenante et enthousiaste

15 Responses

  1. 100 euros pour un auto-entrepreneur ? Sans son matos j’espère car à moins de l’employer tous les jours, il peut aller à la soupe populaire et à Emmaus.

    • Comme je l’explique dans ce billet, j’ai pris le montant 100 pour permettre la comparaison entre différents statuts (comme j’aurais pu prendre 10), pas (du tout !) pour indiquer une base de rémunération acceptable

  2. Vous me rassurez.

  3. DEBEUX Gilles

    Je souhaiterais avoir des renseignements sur le statut de pigiste en presse régional qui ne dispose d’aucun texte réglementaire en Polynésie. Merci d’avance

  4. Bonsoir,
    La lecture de votre article m’a interpellée tant il ne reflète en rien mon récent quotidien. En effet, je viens de remettre mes deux premières piges commandées par un journal local ; outre le fait que je suis payée à peine 10 euros la pige publiée (0 € si tel n’est pas le cas – pas de défraiement) et que je ne suis pas salariée, une de mes piges a été publiée dans l’édition hebdo sans que mon nom soit mentionné et mise en ligne sur le site du journal sous le nom d’un des journalistes salariés. Je précise que mon texte n’a été que très légèrement retravaillé (insertion de 3 « sous-titres » et rajout d’une phrase) et que 9 de mes photos ont été mises en ligne (dont 1 utilisée pour l’édition). Est-ce une pratique courante et légale ? Enfin, je précise, à toutes fins utiles, que je ne suis pas journaliste de formation et que ça m’a paru une magnifique opportunité de faire mes preuves pour, à terme, entrer dans ce métier.
    Merci pour toutes les informations que vous pourrez m’apporter.
    Esbée.

    • C’est malheureusement une pratique très courante effectivement, c’est en somme la loi de l’offre et la demande et de nombreux médias ne se gênent pas pour pratiquer des tarifs ou choisir des statuts qui ne correspondent pas au minimas ou à la législation en vigueur.

    • Seb Astien

      Vous pourriez demander réparation, c’est du vol.

  5. JP de Marseille

    Bravo pour la qualité du site …..

  6. Merci pour ton article Aurélie! Aurais-tu étudié la question des « pigistes » (des gens qui écrivent des articles) étudiants hors stage? On aimerait bien payer des étudiants à la pige; mais quid du mode de déclaration? Auto-entrepreneur, droit d’auteur AGESSA? Bon sang quel foutoir! Et pourtant j’aimerais vraiment rémunérer des étudiants (sans risquer d’être pris pour le patron frauduleux!!)!!

    • Malheureusement je n’ai rien à ajouter que tout ce que je raconte dans cet article : en principe, pige (donc salaire et les charges qui vont avec), en pratique…
      Vous serez de toutes façons pris par certains ou par d’autres comme le méchant patron frauduleux qui torture des enfants et des chatons. Voyez avec lesdits étudiants ce qui leur convient, ce sera déjà pas mal (surtout que vous les payez, c’est déjà beaucoup plus que ce qu’ils obtiendraient ailleurs) :)

  7. Christophe GAILLARD

    Bonjour,
    Bravo, le problème est bien détaillé. Par contre, il reste une question pratique, qu’en est-il de la réaction des autorités qui peuvent estimer qu’un autoentrepreneur même sans carte de presse effectuant un travail apparenté à du journalisme est abusivement payé sur facture ? avez-vous eu des retours concrets en ce sens ?
    Merci

  8. Coralie Pierre

    Bravo pour cet initiative de laisser aux collaborateurs le choix de sa rémunération!!!! S’il est vrai que l’autoentrepreneur bénéficie d’un net plus important, il ne faut pas oublier qu’il doit payer des charges sur ses salaires perçues, que la paperasse en plus du boulot de journalistes pour faire les factures et autres joies administratives est autant de temps qu’il ne passera pas à écrire des articles et que son régime RSI lui coûtera bonbons en sécu, mutuelle et compagnie! J’avais personnellement fait le calcul que pour un revenu de 500€ net, je dépensais près de 150€ avec tout ce bazar… J’ai donc toujours opté pour une rémunération à la pige salariée (même si de moins en moins de média jouent le jeu) surtout parce que c’est la seule façon légale de rémunérer un journaliste qui veut pouvoir prétendre à la carte de presse et exercer en toute transparence!

  9. Pedagogue et efficace! Bravo pour cet article!

  10. Bonjour,

    C’est vraiment un bon article.

    Que pensez – vous du portage salarial? J’ai choisi cette option pour écrire des articles pour un site internet afin d’éviter la « paperasse » et recevoir des honoraires.

    Bonne journée

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