#43 Mon speed-meeting face à Lagardère Active

Classé dans : Le Journal d'un canard | 0

photo (7)

Un speed-meeting face à Lagardère Active ?

C’est parti d’une publication Facebook dans un groupe d’entrepreneurs dont je suis membre :

Certains parmi vous seraient intéressés de rencontrer des managers de chez Lagardère Active ? Il y a une rencontre avec les startups le 18 Juin « speed dating entre des startupers et Lagardère Active » (Faut être disponible de 13h30 à 15h dans le Nord de Paris).

Les commentaires de type « moi d’abord » affluent, l’un d’entre eux révèle ma pensée :

Ce genre de demandes tendant à se répéter côté grands groupes, y’a une vraie question autour de « qui gagne quoi à ce genre de rencontres »…

Certes.

Mais dans le fond, qu’ai-je à perdre ? Après tout, je n’ai aucun problème à révéler en long, en large et en travers tous les dessous de l’élaboration de Capsule, de son modèle économique à sa ligne éditoriale en passant par son rétroplanning, j’en parle sans problème autour de moi, mène des entretiens avec des directeurs de publication et rédacteurs en chef… dans le pire des cas, j’apprendrai quelque chose, au moins à présenter efficacement Capsule en cinq minutes, exercice qui demande un certain rodage.

Je sais que je ne suis pas directement visée par l’invitation : nous ne sommes pas une start-up, tout au plus une petite entreprise en création. J’envoie toutefois un mail à l’administrateur du groupe, que je connais bien, qui me signale sans surprise « Je suis pas sûr qu’ils veulent rencontrer des nouveaux médias » (Lagardère a cédé plus de dix de ses titres presse récemment), suivi d’un « mais ok, je transférerai ».

Bingo, quelques heures plus tard, un email m’invite à présenter mon projet, je m’exécute et apprends en retour que tout se tiendra à La Bellevilloise.

L’avant-veille de l’évènement, son initiateur  Emery Doligé transmet aux participants ces dernières informations :

Bonsoir à tous,

…oui un mail collectif, pardon pour ça.

Si vous recevez ce mail, c’est que vous m’avez confirmé que vous viendrez mercredi 18 juin (après demain) à 14h… à la Bellevilloise au 19-21, rue Boyer, 75020 Paris, entrée par la Halle aux Oliviers sur la gauche (Munissez vous d’une pièce d’identité et de vos cartes de visite…).

Le Principe de ce Speed Dating est simple.

Face à vous vous aurez 160 décideurs des marques telles que Europe 1, Gulli, le Journal du Dimanche, Elle, Paris Match etc… qui auront trois attentes : savoir ce que vous faites, savoir qui vous êtes, savoir comment marche votre société. 

De votre coté, vous pourrez dire ce que vous attendez d’eux : contact, partenariat, visibilité etc…

Sentez vous à l’aise pour dire les choses, de faire une micro prez de quelques slides (5 max)…

Vous aurez 5 minutes.

Au bout de cinq minutes, vous passerez au groupe suivant. Oui, face à vous, il y aura deux ou trois décideurs à chaque fois. Au bout d’une heure, vous aurez vu entre 40 et 60 décideurs, toutes marques confondues, de Lagardère Active, premier groupe média français.

Nous organisons ce premier speed dating pour deux raisons :

  • Nous cherchons à nous diversifier
  • Nous cherchons de nouveaux projets

Bref, vous l’aurez compris, nous sommes prêts à vous recevoir avec les meilleures intentions et les meilleures espérances.

Je serai ravi de vous rencontrer à cette occasion.

Bon. Je me suis bien occupée de mes cartes de visite (j’attendais notre nouveau logo pour les faire), j’ai libéré mon mercredi après-midi, il est temps de réviser un peu.

Je dois l’avouer, cette série de rencontres m’intimide. Pourtant, si j’ai toujours détesté les évènements de networking, où je ne sais jamais quoi faire de moi, je me sens plus à l’aise avec ce format de speed-meeting (speed dating c’est autre chose les gars…) : plus cadré, au moins on sait à qui on parle, pendant combien de temps, et si on ne l’intéresse pas (ou vice-versa), on passe à autre chose.

Mais « dire ce que vous attendez d’eux« … comment vous dire. Je n’en attends rien de particulier. Nous avons besoin de fonds, nous aurons besoin de visibilité… comme toute start-up ou jeune entreprise. Je doute cependant qu’on me signe un chèque à la fin de la journée. 

Ok. J’improviserai.

La minute révision : Lagardère Active, c’est qui, c’est quoi ?

Pour la petite histoire, j’ai découvert Lagardère Active il y a quelques années, en aidant ma petite soeur à faire son rapport de stage suite à ses quelques mois chez Gulli, une chaîne pour enfants.

Reprenons la présentation officielle :

Lagardère Active occupe une place centrale dans les médias en France, avec une puissance fondée sur des marques emblématiques et réputées, telles que ElleParis MatchEurope 1RFMGulli et Doctissimo .
Acteur majeur de l’audiovisuel avec 22 radios à travers le monde, 12 chaînes de télévision et numéro un en France de la production audiovisuelle en flux et en fiction. Premier groupe français de presse magazine avec 37 titres de presse en France et 87 éditions sous licence à l’international, Lagardère Active est également le premier groupe média en audience sur Internet et le mobile en France. Sa régie publicitaire, Lagardère Publicité, est la troisième de France.

Or comme je le signalais ici, Lagardère a récemment cédé 10 de ses titres à 4B média-groupe Rossel et Reworld média  (Psychologies, Be, Première, Pariscope -le format papier uniquement, Maison & travaux, le Journal de la maison, Campagne décoration, Mon Jardin Ma maison, Auto moto et Union). Denis Olivennes, Président du Directoire de Lagardère Active, expliquait ainsi :

Nous avons (…) entrepris une réorganisation de notre activité de Presse Magazine en décidant de nous séparer de dix titres afin de nous concentrer sur nos marques phares et de capitaliser sur leur rayonnement. Conjuguée à la poursuite de notre politique de maîtrise des coûts, cette stratégie a permis, cette année encore, de maintenir le résultat opérationnel malgré la baisse du chiffre d’affaires et de doubler quasiment la part du Numérique dans nos activités.

Il ajoutait, concernant les priorités de 2014 :

L’année 2014 sera placée sous le signe de l’accélération digitale de nos activités et de la mise en place de notre organisation autour d’univers de marques puissantes dans la Presse Magazine, l’Audiovisuel, la Production audiovisuelle et les Pure players numériques.

Nous poursuivrons aussi notre diversification vers de nouvelles activités d’audience numérique orientées sur une approche servicielle.

Enfin, la Régie publicitaire, rapprochée sur le plan opérationnel des équipes de rédaction et d’édition, imaginera des formes innovantes de coopération avec les annonceurs en vue d’inventer pour eux, mais aussi pour Lagardère Active, des formats à forte valeur ajoutée.

Compte-tenu de la ligne éditoriale et du modèle économique de Capsule tels qu’ils se dessinent à ce jour, nous ne sommes donc pas nécessairement totalement hors sujet tant pour Lagardère Active que pour Lagardère Publicité.

Le groupe Lagardère annonçait enfin le 28 mai dernier ses objectifs pour les cinq années à venir, et notamment :

Au terme de cette période de recentrage, le groupe Lagardère engage une phase d’accélération de sa croissance, qui passera principalement par une stratégie de développement organique et d’innovation, notamment numérique.

Grâce à ses solides atouts, le groupe Lagardère entend ainsi valoriser ses marques puissantes et déployer ses capacités d’innovation – en termes de contenus, d’audiences, de formats, de technologies ou encore d’usages –, qui lui permettront de saisir des opportunités de croissance sur de nouveaux marchés avec des modèles économiques complémentaires.

Cette approche, mise en oeuvre dans les quatre branches du Groupe, pourra être complétée par des acquisitions ciblées.

La stratégie du groupe est clairement orientée vers un seuil de rentabilité élevé de ses titres. Soit.

Mais si les « actifs non stratégiques ou minoritaires » ont bien été cédés du côté de Lagardère Active, et que Elle et Paris Match sont certes des marques « à fort potentiel de déclinaisons en produits dérivés presse et « hors presse »« , il ne s’agit pas exactement de ce qu’on pourrait qualifier de supports ou formats innovants.

Par ailleurs,  je n’aurai a priori pas trop à lutter sur l’intérêt du format de Capsule : Doctissimo, également propriété de Lagardère Active, a diversifié ses supports en 2013 avec le lancement d’un magazine papier, et même la chaîne Gulli a son mag (pour ne citer que ces deux exemples).

Rien d’évident, c’est tout l’intérêt de l’exercice. Allons-y.

18 juin, 14h, La Bellevilloise

J’ai une petit boule aux ventre mais l’endroit est toujours aussi beau. Les fameux décideurs finissent de déjeuner pendant que les organisateurs installent les « intervenants » (« vous êtes intervenant ? » « euh non, je viens pour le speed meeting » « oui, vous êtes intervenant » « ah, si vous le dites ») dans une mezzanine le temps d’un verre.

Il y a plus de jeunes femmes que je ne le pensais : nous sommes quatre. Les start-upers ont opté pour le costume-cravate dans la grande majorité des cas, ils ne doivent pourtant pas en porter bien souvent.

Je discute avec Bertrand Girin, dirigeant de Reputation VIP, quand on vient nous préciser le déroulement : « ils ont été installés dans la salle du haut, ils sont deux ou trois par table, quand vous entrez, vous prenez la table qui vient en commençant par le fond, un jingle musical annonce quand vous commencez et quand vous changez de table, quand il sonne, vous changez de table« .

Ok. Autrement dit, c’est du coup de bol, il n’y a pas de pré-sélection des personnes rencontrées en fonction de l’intérêt pour tel ou tel projet présenté, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Nous rejoignons la salle, tout va très vite le temps de rejoindre une première table. Il y effectivement un immense chronomètre affiché par rétroprojecteur, la moyenne d’âge côté Lagardère est bien moins élevée que je ne le pensais, ils sont tous souriants et avenants. Les tables sont très proches les unes des autres, le chronomètre se lance dans un grand brouhaha.

En cinq minutes, on n’a pas le temps de savoir qui on a en face, à peine le temps d’expliquer ce qu’on fait, et pas le temps d’expliquer ce qu’on attend de cette rencontre (ce qui m’arrange plutôt) puisqu’on est vite interrompu par des questions. Alors, je m’amuse, je change la première phrase que je prononce pour entrer en matière à chaque table, commence systématiquement par poser deux ou trois cartes de visite de façon à ce qu’ils aient bien le nom de Capsule et le mien en tête pendant la courte conversation.

Malgré l’absence de badge ou de trombinoscope, j’ai pu reconnaître Valérie Toranian, directrice de la rédaction de Elle (qui m’a félicitée de croire encore au papier), et, je crois, Agnès Péron-Levivier, directrice commerciale chez Lagardère Pub. J’avais déjà vu (sur le web ? dans la presse ?) certains autres de mes interlocuteurs aussi, d’Europe 1 notamment, sans parvenir à resituer leurs noms et leurs postes.

En une heure, j’ai ainsi rencontré un peu moins de 50 personnes – pour être plus juste, un peu moins de 50 personnes m’ont « rapidement rencontrée ».

Certaines de leurs questions étaient très précises (« à combien vous tirez ? », « quel sera le prix de vente ? », « combien de pages de publicité ? »,  « et vous, quel est votre parcours ? », « quelle est votre source d’inspiration principale ou votre modèle, dans la presse actuelle ? »), d’autres plus générales, celles qui revenaient le plus souvent : « et vous allez prendre des pigistes ? » (oui), « et vous accepterez la pub ? » (oui),  « pourquoi sur papier ? » (parce que lancer un média sur le web, c’est encore plus fou que lancer un support papier, quitte à faire du multi-supports plus tard). 

Outre celle du support papier, systématique, la question la plus fréquente concernait la publicité, sous l’angle de la cible (« qui seront vos lecteurs ? » – « génération Y, ceux qui ont décroché« ) ou sous l’angle des annonceurs (« qui sont vos annonceurs, ou qui seront-ils ? » – « Capsule s’adresse par définition à des personnes qui ne sont pas exposées aux publicités que vous diffusez sur vos autres supports médias, puisqu’ils ne lisent pas ou très peu la presse, n’écoutent pas ou très peu la radio, encore moins la télé : c’est là où nous devenons intéressants pour des annonceurs qui cherchent à les atteindre »).

Le point qui a intéressé pas mal de monde était aussi la façon dont nous sélectionnons les sujets, via Tricider, de manière collaborative.

Au niveau des blocages, en dehors du thème pigistes (« vous savez qu’au bout de trois piges, c’est un CDI ? » « oui, je sais« ), j’ai eu droit à un « mais il y a de très bons sites qui font du décryptage, de la mise en perspective, de la synthèse ». Oui, mais il faut aller les chercher, il faut faire la démarche d’aller les dénicher et penser à aller les consulter quand un sujet nous intéresse un peu en espérant que ces sites l’aient traité.

J’ai aussi entendu un « mais comment vous allez faire, pour être exhaustif ? » (réponse simple : on ne cherche pas du tout à être exhaustif, encore moins à être objectif) et un « et comment vous allez vérifier vos infos ? » (réponse encore plus simple : nous ne cherchons pas à révolutionner la presse et à faire table rase de tout ce qui existe, pas davantage à sortir du scoop, nous allons synthétiser avec un peu de panache ce que nous avons déniché).

Mention spéciale à la personne qui a osé me sortir un « Paris Match le fait déjà » au bout d’une minute trente de présentation de Capsule. Je ne crois pas non.

Quoi qu’il en soit, toutes les tables m’ont encouragée, certaines m’ont félicitée, l’ambiance informelle permettait aussi ce type de remarques. J’ai été profondément heureuse que trois tables m’interrompent rapidement d’un « et vous l’avez ici, on peut le voir ? » enthousiaste.

Et après ?

Ding ding ding, jingle de fin, tous les intervenants sont mis dehors invités à rejoindre l’extérieur de la salle, les décideurs restent à l’intérieur. Je tuerais pour un verre de coca-light bien frais (pas le temps de boire pendant une heure à parler constamment). J’attends un peu, comme les autres, au cas où un échange plus long avec certains puisse avoir lieu, réalise au bout de quelques minutes que cela n’arrivera pas, et repars en quête d’un bout de terrasse.

J’ai beaucoup aimé le format, un peu moins de ne pas savoir du tout à qui je parlais.

En fin de journée, Emery Doligé poste sur le groupe Facebook de l’évènement un dernier message  :

Vous avez été énormes !… De façon unanime, ils ont adoré vous rencontrer et espèrent que les échanges de coordonnées vous inciteront à les recontacter.
‪#‎BattreLeFerPendantQuilEstChaud‬

Bravo !

Je suis heureuse pour le sentiment tout à fait réciproque, gênée deux minutes de réaliser que je n’ai récupéré aucun contact : leur ayant donné le mien d’emblée, je n’y ai tout simplement pas pensé (c’était ma minute blonde).

Qu’importe, nous avons encore le temps et vous savez tous où me trouver si un point ou un autre vous a intéressé à quelque titre que ce soit. Nous verrons bien !

The following two tabs change content below.
Fondatrice de Capsule, curieuse, stakhanoviste, entreprenante et enthousiaste

Laissez un commentaire