#1 Du papier? En 2014? Le constat de départ…

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Crédit: Alexander Shustov – Unsplash

Journal d’un canard, premier épisode.

Nous discutons entre amis, en vacances à l’étranger, à l’heure de l’apéro. Nous parlons infos. Je viens de découvrir Canard PC dont j’ai adoré le ton et oublié le prix (alors que je ne joue à aucun jeu vidéo). Un ami journaliste nous explique le fonctionnement hors d’âge d’une partie du quotidien régional pour lequel il travaille… nous rions des tics des journalistes, rions – jaune – aussi de la manière dont nous parvenons à dissimuler nos lacunes respectives sur de « grands sujets d’actualité »…  dont nous ignorons presque tout.

Ce qui me rend dingue, là-dedans, c’est que personne ne part du principe que tu peux très bien avoir passé une semaine ou un mois dans une grotte. Et si c’est le cas, tu ne comprends plus rien quand tu rebranches.

Et ça fait tilt.

C’était il y a quelques semaines.

Et il y a quelques semaines,  j’ai pris une décision: ce journal que je ne trouve pas en kiosque, ce magazine que j’aimerais acheter, je vais le créer.

Mieux encore, je viens du web, mais il s’agira d’un papier. Montrons que c’est possible, quitte à ne faire qu’un, deux, trois numéros. Mensuel, idéalement, le temps d’un peu de recul, mais de quoi garder un peu de fraîcheur et pouvoir traiter d’actualité.

Libération va mal; en fait, toute la presse papier va mal, dit-on.

Toute? Non. Au fur et à mesure des mes recherches, je découvre qu’un petit village d’irréductibles mooks et de nouveaux venus se portent, eux, plutôt bien. Slow journalism pour certains, positionnement inédit pour d’autres, de quoi continuer de croire qu’on peut encore y arriver.

Comment? En répondant à mon problème, un problème qui n’est pas que le mien: j’ai déjà 5 comptes Twitter, 4 boîtes mails et Facebook toujours ouverts dans mes onglets.

Hyperconnectée, je suis au courant de beaucoup de choses. Informée, toutefois…

… c’est une autre affaire.

Bien sûr, quand il s’agit de mon micro-milieu ou du dernier buzz, je fais partie si ce n’est des experts, au moins des relais. Mais je suis incapable de vous citer une seule actualité politique relative aux derniers mois en dehors de mon micro milieu et de la une de Closer Hollande/Gayet (est-ce d’ailleurs une actualité politique? je rejoins un Odieux Connard sur ce point…).

Je souhaiterais encore m’intéresser à l’actualité généraliste, et je ne suis pas la seule… mais outre leur volonté de nous divertir plus que de nous informer et la vaine tentative de faire du web sur du papier,  la plupart des quotidiens et mensuels papier, et même des media d’information générale, ont un autre défaut majeur: ils partent du principe que nous savons de qui / quoi ils parlent, sont dans l’instantané, le percutant, bien souvent dans l’anecdotique, de sorte qu’ils sont difficiles à suivre et pire encore, n’aident pas tellement à se forger une opinion.

Je crois que nombreux d’entre nous ont “décroché de l’info” (lorsque ce n’est pas leur métier) parce qu’ils croulent sous les news de toutes sortes et qu’ils sont las de devoir ouvrir dix onglets dans leur navigateur pour pouvoir comprendre une actualité qui semble un peu importante: on peut suivre le début d’une guerre civile en Ukraine minute par minute sur une carte interactive sans savoir où est l’Ukraine, pourquoi  ça pète, en quoi c’est grave ou non…  ce n’est pas qu’on ne s’y intéresse pas, c’est que personne ne prend le temps de nous l’expliquer (et ceux qui le prennent sont en dixième page sur Google: je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas non plus que ça à faire).

Un nuage de pollution sur Paris: on prend une demi heure au 20h pour nous parler de circulation alternée sans nous expliquer d’où il sort, où il va, quel est le danger réel, si la circulation alternée semblait ou non une bonne décision politique.

Et en fait, en dehors de ma lecture occasionnelle de Closer susmentionnée, je me fous de savoir avec qui couche le président de la République et je ne crois pas être intéressée plus de 4 minutes par un avion scratché je ne sais où en Asie (le temps de l’anecdote, pas de 500 unes en trois semaines). Ou alors, qu’on m’explique en quoi c’est fondamental.

En bref, beaucoup (trop) partent du principe qu’on n’a pas le temps de suivre l’info et/ou qu’il nous faut du divertissement, du sensationnel, du like et du retweet (et se demande tout de même comment sauver la presse papier).

Je crois pour ma part qu’on prendrait ce temps si on savait qu’il nous en fait gagner. Et je ne pense pas être la seule à culpabiliser de ne plus être foutue de nommer au moins 5 de nos ministres actuels (i.e. sans devoir penser à aller m’actualiser sur les sources officielles).

« Du papier? En 2014? Ah oui, un marché en pleine croissance… »

Voilà ce que m’a répondu un de mes meilleurs amis quand je lui ai parlé de Capsule, la première fois. Dix minutes plus tard, il se mettait au travail, avec moi.

Nous ne sommes pas journalistes. Nous sommes lecteurs. Après quelques semaines de travail, nous en savons déjà un peu plus sur ce secteur, ses coûts, ses contraintes, ses opportunités, mais la tâche est immense et nous apprenons chaque jour.

C’est une aventure que nous aimerions vous raconter, dans ces pages.

Bienvenue dans le journal d’un canard.

Aurel

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Fondatrice de Capsule, curieuse, stakhanoviste, entreprenante et enthousiaste

5 Responses

  1. Très clair.
    Gros bisous et go! go! go!
    Papa

  2. envoyé et reçu ? rien n’apparait ?

    • Aurélie Daniel

      Si si, le commentaire était bien apparu, il était simplement soumis à modération comme tous les autres :)

  3. Bonjour,
    il me semble que quel que soit le support écrit, l’accessibilité constitue un critère majeur.
    Par exemple, lire la presse c’est souvent prendre connaissance des informations dans plusieurs quotidiens. Bien entendu, il y a un grand nombre de personnes qui achètent chaque jour le même journal, c’est le cas dans la région où j’habite avec Ouest-France (le plus gros tirage national papier).
    Il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas hésiter à lire trois voir quatre titres afin de se sentir relativement informé sur un sujet.
    C’est à ce moment-là que se pose la question de l’accessibilité à cette information, particulièrement quand on est chez soi, mais, par exemple, à une terrasse de café avec une bonne bière, vos cigarettes et les journaux empilés tant bien que mal sur une table souvent trop petite. Un petit conseil : ne finissez pas totalement votre verre de bière s’il vous arrive parfois de préférer écraser votre cigarette sur un article du Figaro plutôt que dans le cendrier, ce fond de verre devrait vous permettre d’éviter de vous faire remarquer inutilement.
    Alors oui, je lis la presse, j’ai plusieurs abonnements, mais tous sont des abonnements électroniques accessibles avec plaisir à travers un iPad. Cette façon d’accéder à l’information, je ne vais rien vous apprendre, permet de se créer des petits dossiers grâce à des logiciels extrêmement simples à utiliser, je ne vois donc rien dans la presse d’information quotidienne qui pourrait m’inciter à retourner vers le papier.
    Cependant, votre expérience pourrait être intéressante, car aller à contre-courant c’est parfois se poser les bonnes questions sur le pourquoi du sens de la pente.
    Malgré tout, depuis quelques années, les politiques sont inquiets par la puissance de l’Internet qui n’oublie rien et se montre impitoyable sur leurs contradictions, leurs retournements de veste et leurs programmes pleins de promesses jamais concrétisées.

    • Aurélie Daniel

      Totalement d’accord avec vous, nous croyons dans le plaisir du papier (et même s’agissant des quotidiens!), dans le « multireading » aussi (la complémentarité des supports plutôt que leur concurrence) et vous verrez dans les prochains billets du Journal d’un canard que nous avons probablement de bonnes raisons d’y croire.
      Capsule n’a pas du tout vocation à les concurrencer, en réalité, simplement à apporter un peu de recul sur un format mensuel, et nous l’espérons avec le futur « Lab », qui sera disponible en ligne, tenter de contribuer à cette crise de la presse écrite dont on nous rabat les oreilles alors que les lecteurs sont loin d’en avoir fini avec elle.
      Il reste que si nous croyons dans la presse écrite, nous ne pouvons croire que dans celle susceptible de « porter une voix », ce que trop peu de quotidiens, d’hebdos ou de mensuels d’actualité générale font encore (ce qui suscite pas mal d’envies d’écraser sa clope dessus, effectivement :) ). C’est en tous cas le manque que nous ressentons en tant que lecteurs, en tant que lecteurs connectés voire hyperconnectés habitués à multiplier leurs sources mais qui seraient prêts à revenir à un media papier, pour ce moment de plaisir, sous réserve d’y trouver un ton, une ou plusieurs identités.
      S’agissant de l’accessibilité, je suppose que vous parlez de la diffusion au numéro donc en kiosque: rendre accessible est en pratique difficilement… accessible :) à un nouveau titre, nous expliquerons prochainement pourquoi sur ce site.
      Merci pour votre commentaire, au plaisir de vous relire dans ces pages!

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