#26 « Vous avez déjà un imprimeur? » « Euh… »: comment trouver un imprimeur?

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9 minutes pour comprendre 

Crédit: Death to Stock
Crédit: Death to Stock

 

« Vous avez déjà un imprimeur? »

Cette question m’a été posée par le premier prestataire de routage d’abonnement que j’avais contacté pour un devis (autrement dit, l’entreprise qui gère, pour le compte de l’éditeur, les étapes entre l’imprimeur et la boîte aux lettres de l’abonné).

Je n’avais à ce moment-là aucune idée de qui pourrait être le futur imprimeur de Capsule.

Mieux encore, non seulement je ne voyais pas en quoi cette question concernait ce prestataire, mais je n’avais en outre pas la moindre connaissance technique susceptible de me permettre ne serait-ce que de demander des devis à quelque imprimeur que ce soit. Combien d’exemplaires tirer? Combien de pages? A quel format? Quel papier? …

Je savais seulement, à ce stade, que cela me coûterait cher, et j’avais pris note des imprimeurs de quelques titres de presse dont j’avais aimé le format ou le type de papier en vue de consulter leurs tarifs.

Dans cet article:

Préalables techniques: que faut-il savoir quand on veut faire imprimer son canard ?

Pour imprimer un journal, ou magazine en ce qui nous concerne, trois étapes sont nécessaires, la pré-presse, l’impression et le façonnage:

1/ La pré-presse consiste à créer le document transmis à l’imprimeur (parfois ce document est élaboré avec lui) et à préparer son impression: cela recouvre tout le travail de mise en page, de traitement des fichiers, d’épreuvage pour contrôle (c’est-à-dire impression de pages « tests), d’imposition et préparation des plaques.

Des logiciels spécifiques permettent de préparer les fichiers côté éditeur, en particulier InDesign, Photoshop, Illustrator et Quarck Press (Adobe, éditeur de ces logiciels, propose désormais des formules « Creative Cloud » à partir de 61,49 euros HT/mois). C’est principalement le travail du maquettiste. Quelques contraintes sont communes à tous les imprimeurs, notamment l’utilisation de la quadrichromie dite CMJN (par opposition au RVB, utilisé sur le web) et les marges (partie du document destinée à ne pas apparaitre sur le rendu final, les marges disparaissent lors du façonnage)

L’épreuve est quant à elle le document présenté au client pour approbation et qui sert de référence à l’imprimeur. Certains proposent simplement un « bon à tirer » dit BAT (le document est transmis sous forme numérique au client pour accord), d’autres une épreuve papier (un exemplaire « épreuve » est envoyé au client pour validation avant de lancer l’impression de tous les exemplaires, ce qui a l’avantage de permettre de voir le produit fini, l’inconvénient de rallonger naturellement un peu les délais).

Une fois l’épreuve validée, l’imprimeur peut ainsi préparer les plaques nécessaires au lancement de l’impression dans la quantité souhaitée par le client.

2/ L’impression elle-même peut être effectuée selon deux techniques, l’offset ou le numérique. 

L’offset est favorisé pour des quantités relativement importantes. Cette technique est aussi dite « à plat » ou « feuille à feuille » et utilise des machines dites rotatives.

Le numérique permet quant à lui des délais très courts, des quantités un peu plus faibles et des données variables (autrement dit une personnalisation de chaque exemplaire).

Autrement dit, quand on se prépare à lancer un premier numéro, on a le choix entre ces deux techniques et il est difficile de déterminer laquelle demander.

J’ai ainsi préféré me concentrer sur les types de papier, ou plutôt le rendu visé, et laisser les imprimeurs contactés me conseiller en fonction des objectifs de rendu, de délais et les tarifs.

3/ Le façonnage (ou print finishing), c’est-à-dire la finition, correspond à des opérations comme la coupe des impressions, l’assemblage, le pliage, le pelliculage, la découpe, le rainage, la perforation… En bref, façonner, c’est assembler les impressions pour obtenir les exemplaires finis.

Le dernier détail (celui qui concernait mon fameux prestataire de routage d’abonnement évoqué en introduction) était de penser à se renseigner sur la livraison:

  • certains imprimeurs proposent en effet leurs tarifs « franco » (départ usine : les frais d’emballage, le fret, le port et l’assurance ainsi que d’autres frais d’expédition sont à la charge du client, donc à ajouter au devis),
  • d’autres incluent la livraison en un ou plusieurs points de vente (cette dernière option est très utile lorsque, comme dans un exemple que j’ai précédemment cité, les exemplaires doivent être répartis entre messagerie de presse, centre d’abonnement, rédaction et réseau de distribution de librairies, par exemple).

Dans la plupart des cas, la livraison est effectuée entre 9 et 12 jours ouvrés à compter de la validation du BAT – toujours bon à savoir pour avoir les idées claires sur les délais de bouclage.

Premières pistes: que demander à l’imprimeur ?

Au stade des réflexions où nous en étions quand j’ai commencé mes recherches d’imprimeurs, nous savions simplement que nous voulions faire de ce mensuel un bel objet, quelque chose de durable, en utilisant de préférence un papier écologique, tout en maintenant des coûts raisonnables. A priori rien de bien compliqué.

Compte tenu des premières rubriques que j’avais retenues, j’estimais le nombre de pages à un total compris entre 60 et 80 (auxquelles il faut ajouter les pages de couverture toujours comptées séparément, soit 4 pages puisqu’une feuille équivaut à deux pages, recto et verso).

Je tenais depuis le début à ce qu’on appelle un « dos collé carré« , par opposition au système d’agrafes, de façon à ce qu’on puisse voir et lire la reliure de la revue une fois rangée sur une étagère.

L’idée étant d’avoir quelque chose de durable, j’étais aussi très favorable à un papier plutôt épais (ce qu’on appelle le grammage, qui correspond au poids du papier en grammes au mètre carré) avec un rendu mat plutôt que brillant, et sur ce point y suis allée au pif sur les premiers devis (dans la plupart des cas, couverture en 250 grammes, pages intérieures en 115 grammes).

Restait enfin notamment la question du format. Pour permettre les comparaisons de tarifs entre imprimeurs, j’optais pour le A4 (21*29,7 cm) en portrait (par opposition au format paysage, horizontal), quitte à adopter plus tard un format plus original.

Je n’avais toujours pas compris la différence de rendu qu’il existe selon qu’il y a ou non un pelliculage sur la couverture (technique consistant à y appliquer un film plastique, pour un rendu mat ou effet vernis), je choisissais donc sur ce point systématiquement l’option la moins chère.

Ces premiers éléments en tête, restait enfin l’épineuse question du tirage: combien d’exemplaires commander, en tous cas pour la première édition? 1000? 2500? 5000? 10000? 15000? 20000? En effet, plus on tire d’exemplaires, plus les prix sont avantageux; mais inversement, financer l’impression de 100 fois le nombre d’exemplaires vendus serait un excellent moyen de plomber notre trésorerie dès le démarrage (et que ferions-nous concrètement des invendus?). A regarder les autres titres un peu récents, je constatais un tirage à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires dès le premier numéro… mais aussi un capital de départ bien plus important que le nôtre – de quoi se permettre de jeter pas mal d’invendus au nom des économies d’échelle sur le tirage (mouais).

Histoire de permettre d’avoir les idées claires et de faire des simulations, je demandais systématiquement les devis pour chacune de ces tranches de tirage et pour les deux hypothèses de nombres de pages (60 et 80), dans de rares cas pour plusieurs types de papier aussi.

Pour trouver un imprimeur, Google a été mon ami. Certains proposent des devis en ligne, d’autres imposent de les contacter par email pour faire sa demande. Soit, je m’exécutais. Le critère du « dos carré collé » a souvent été éliminatoire, celui des quantités à plus de 10 000 exemplaires aussi.

Je synthétisais dans un tableur les données peu à peu collectées, lisais dans certains cas les conditions générales qui me paraissaient douteuses, rapportais aussi les coûts totaux en coût par exemplaire.

Premiers ajustements: combien ça coûte?

Mon joli tableur comparatif réalisé avec les spécificités ci-dessus, je pouvais en déduire que s’il existe une différence significative en fonction du nombre de pages, elle l’est bien davantage en fonction du tirage.

L’objectif de ce premier comparatif d’une dizaine de devis était en effet d’avoir une vague idée des coûts d’impression, en vue de pouvoir plus rapidement me faire une opinion sur les tarifs proposés par les imprimeurs que je consulterais par la suite:

  • Imprimer 1000 exemplaires de 60 pages coûte en moyenne 2717 euros HT* livraison en un point incluse, soit 2,71 euros HT par exemplaire (ou 3,25 euros TTC);
    • pour 80 pages, ce coût est de 2738 HT en moyenne, soit 3,74 euros HT par exemplaire
  • Imprimer 5000 exemplaires de 60 pages coûte en moyenne 6076 euros HT livraison en un point incluse, soit 1,21 euros HT par exemplaire;
    • pour 80 pages, ce coût est de 8506 HT en moyenne, soit 1,,70 euros HT par exemplaire
  • Imprimer 10 000 exemplaires de 60 pages coûte en moyenne 9591 euros HT livraison en un point incluse, soit 0,96 euros HT par exemplaire;
    • pour 80 pages, ce coût est de 13920 HT en moyenne, soit 1,35 euros HT par exemplaire
  • Imprimer 20 000 exemplaires de 60 pages coûte en moyenne 17 446 euros HT livraison en un point incluse, soit 0,87 euros HT par exemplaire (ou environ 1 euro TTC);
    • pour 80 pages, ce coût est de 26 948 HT en moyenne, soit 1,34 euros HT par exemplaire.

A la louche, comptons donc

  • pour 60 pages, entre 1 et 2,5 euros HT (entre 1 et 3,25 euros TTC) par exemplaire pour un tirage à moins de 20 000 exemplaires,
  • pour 80 pages, entre 1, 35 et 3,74 euros HT (entre 1,6 et 4,5 euros TTC) par exemplaire pour un tirage à moins de 20 000 exemplaires.

*Je souligne que le taux de TVA applicable est en principe de 20%, et que j’ai systématiquement inclus une épreuve papier de contrôle (ce sera le cas au moins au premier numéro, si on pouvait éviter de se planter sur une bêtise…). 

 Seconds ajustements: comment trouver son imprimeur?

 En réalité, à quelques exceptions près, je n’ai pas constaté d’énormes différences d’un imprimeur à l’autre en termes de coûts, les différences se jouant plutôt sur les techniques employées (notamment les papiers disponibles ou non, les types de finition…), le contact (à terme le service après vente, donc ;)) ou les délais de livraison.

Il était par conséquent temps de passer à la revue de papiers, et commander des échantillons pour affiner les demandes de devis.

En fait, à ce stade, rien ne valait le contact direct: j’ai donc saisi mon téléphone, et ça a tout changé.

Jérôme, déjà, d’Usbek & Rica, me mettait en contact avec son imprimeur, qui me recommandait de renoncer au 60 pages pour passer à 64 pages: les imprimeurs fonctionnent en effet par multiples de 16, de sorte que faire 60 pages coûte plus cher qu’en faire 64 puisque le façonnage (l’étape finition) demande alors plus de travail – je n’aurais pas pu le deviner. En termes de finition, il m’indiquait également qu’on pouvait imprimer sur du papier offset, pour le rendu mat qui m’intéressait, sans pour autant imprimer « en offset », c’est-à-dire avec des rotatives (sur de gros volumes, à partir de 9000 exemplaires pour cet imprimeur) plutôt que feuille à feuille (en-dessous de 9000 exemplaires). Nous retenions ainsi un intérieur grammage 115 grammes, couverture 250 grammes, pelliculage mat.

Un autre imprimeur retenu dans ma sélection, un spécialiste de « papiers verts », m’expliquait la différence entre papier recyclé et papier « certifié vert » – allez deviner quand ce n’est pas votre métier (en gros, le second est certifié au niveau européen pour son faible impact environnemental, tandis que le premier est certes recyclé, mais pas nécessairement dans des conditions aussi respectueuses de l’environnement). Paradoxalement, en termes d’épaisseur de papier, celui-ci me propose carrément de passer à une couverture en 300 grammes, intérieur 135 grammes.

Deux bons contacts, un bon feeling.

J’attendais ces devis, quand, un soir…

Un soir, je réalise en passant devant l’imprimeur au coin de ma rue qu’une pancarte indique « offset & numérique ».

Je n’avais tout simplement jamais pensé à entrer dans ce qui me semblait être un imprimeur de cartes de visites et autres supports de communication un peu fun, cette agence ayant un look de start-up web ou agence de pub. Je passe la porte, lance un bonjour à la cantonade, explique au type à l’entrée que je souhaiterais un renseignement sur les tarifs d’impression d’un futur magazine. Il m’indique un bureau au fond de ce petit open space dominé par une énorme imprimante: derrière l’écran, le boss. Je le sais parce que le dos dudit écran comporte un sticker indiquant « c moi le patron ». J’aime déjà cet endroit. 

Quelques minutes plus tard, le jeune patron, qui parle plus vite que moi (chose très rare), écoute à peine 3 minutes la présentation de mes besoins avant de m’entrainer sur les étagères du mur droit de l’open space et de me tendre 3 livrets. « Vous en pensez quoi, au toucher? ça, ce serait peut-être pas mal aussi, non? ». En 4 minutes, le mec a compris très précisément ce que j’avais en tête… mais dans 4 formats différents, tous semblant correspondre à ce que pourrait être Capsule, un jour.

C’est idiot, je tripote ces papiers, et je suis émue. J’imagine déjà l’objet. Je lui demande plusieurs fois ce qu’il en pense, il penche pour un format carré, je ne sais pas encore, restons à ce stade sur du A4.

En tout et pour tout dix minutes de conversation avant qu’il prenne mon adresse email pour envoi du devis. « Allez, je vous le fais pour 2500 exemplaire + 500, comme ça vous aurez une idée crédible du prix de base? ». Allons-y. Je suis remontée à bloc, je veux bosser avec eux. Je m’imagine déjà n’avoir qu’à descendre de chez moi pour aller râler sur une épreuve naze, signaler un retard ou un changement. Quelque chose d’un peu humain, d’un peu chouette. Je serre les fesses en attendant le devis, je prie pour qu’il me permette de les retenir, quels que soient les changements de format ultérieurs.

Je crois qu’en réalité, il faut toujours commencer par là: faire ses petites recherches, certes, mais aussi et surtout demander conseil à ceux qui savent mieux. Qui ne se sent pas flatté qu’on fasse appel à ses compétences et ses recommandations, en particulier quand on lui fait bien comprendre que le budget est existant mais limité et qu’il faut être créatif dans ce cadre-là?

Puis, un matin, puis, un midi…

De nouveaux devis d’imprimeurs sont arrivés dans ma boîte email, quand ma copine Rachel me met en relation avec un de ses potes imprimeurs sur Facebook (l’un de ceux que j’avais repéré dans le cadre de mon étude de l’offre actuelle, allelluia).

Quelques jours plus tard, je déjeune avec un éditeur de presse, 20 ans de métier, qui me fait remarquer que le dos carré collé, outre être bien plus cher que le système d’agrafes, aura tendance à « aplatir » les feuilles de mon exemplaire, donc à donner l’impression qu’il est moins épais qu’il n’y parait. Quand le découpage actuel des rubriques est sur 64 pages, ça fait réfléchir. Pire encore, sur 64 pages, le dos carré collé serait si peu épais qu’on ne parviendrait en réalité pas à lire la reliure. Dommage pour ta collection.

Nouvelles demandes de devis envoyées à mes trois imprimeurs pré-sélectionnés, cette fois sur un format plus grand que le A4. Cela m’arrange, c’est plus aéré, effet recherché par la maquette en cours d’élaboration. P-E penche toujours pour un format plus original, peut-être carré. A suivre.

Bilan à ce jour

Je ne sais pas encore quel sera l’imprimeur de Capsule, ni quel sera le format du titre papier.

Je sais en revanche qu’après avoir estimé que le premier critère sera moins le prix que la qualité du contact avec le fabricant de son support, à savoir son imprimeur, je change d’avis un peu toutes les semaines, et suis de plus en plus soucieuse du budget.

Les simulations actuelles de mon budget prévisionnel sont effectuées sur un premier tirage à 2500 exemplaires, 3000 max, et sur un tel tirage, le coût de fabrication total dépasse à ce jour le prix de vente que nous avons retenu.

Peu encourageant…

Et vous, vous le voyez comment, votre Capsule ? Grand ? Petit ? Relié avec des agrafes ou en dos carré collé ? Rectangulaire ou carré ? Peu importe tant que le rapport qualité / prix est au rendez-vous ?

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Fondatrice de Capsule, curieuse, stakhanoviste, entreprenante et enthousiaste

3 Responses

  1. Serge Bouchet

    Très intéressant, car depuis un an je suis dans le même genre de recherche, avec les mêmes interrogations, sauf pour l’agrafage choisi dès le début. Je rencontre le même problème de coût/budget, sauf que je suis à l’île de La Réunion ce qui complique un peu les choses… Je m’oriente vers des pages en 90g et une couverture en 135g, mais j’aimerais comme vous pouvoir avoir un exemple en main dans ce grammage, pour voir si c’est suffisant… Merci pour ce retour d’expérience. Cordialement. Serge

  2. Bonjour,
    excellent blog pour quelqu’un qui, comme moi, réfléchit à un projet de magazine et cherche des informations. Mais la fin de cet article laisse sur notre… faim. Qu’en est-il depuis mai 2014? Quelle option avez-vous choisie? Si cela est écrit dans les autres pages, désolé, je ne les ai pas encore lues.
    Bien cordialement.
    Jean-Yves

    • Merci :)
      J’ai poursuivi le développement de Capsule jusqu’en juin 2015… puis la vie m’a rattrapée et j’ai depuis eu deux beaux bébés qui me prennent énormément de temps et d’énergie !
      Mais j’ai la ferme intention de reprendre Capsule un jour, le temps du recul est aussi une bonne chose et j’ai de nouvelles idées pour en améliorer tant la forme que le fond
      A suivre :)

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